Pour une écologie de la procréation

Du XIXe siècle à nos jours, la révolution industrielle a fasciné. Il faut dire qu’elle a permis des progrès technologiques impressionnants, dont nous continuons à bénéficier aujourd’hui. Malheureusement, les hommes n’ont pas su, ou pas voulu, voir les dégâts collatéraux de ces avancées technologiques, et cela a conduit à une crise écologique majeure. Certains pourtant, en avance sur leur temps, avaient, dès la première moitié du XXe siècle, alerté sur le risque d’une altération de la couche d’ozone. Mais dans l’enthousiasme lié à la fascination de la technique et de ses enjeux économiques, leurs voix étaient inaudibles. C’est ainsi que, peu à peu, les équilibres naturels ont été rompus, conduisant, entre autres, au dérèglement climatique actuel dont certains effets sont, semble-t-il, irréversibles. 

Aujourd’hui, la révolution biotechnologique fascine. Elle permet de réels progrès, tout particulièrement dans le domaine médical. Grâce à elle, l’homme se découvre un pouvoir augmenté sur certaines maladies, sur la procréation, sur le génome, et finalement sur le devenir de l’espèce humaine. Mais si le projet d’ouvrir la PMA aux couples de femmes ou aux femmes seules aboutit, nous passerons d’une société venant en aide aux orphelins à une société fabriquant des orphelins de père. 

Les voix ne manquent pas, à commencer par la majorité de ceux qui se sont exprimés lors des états généraux de la bioéthique, pour mettre en garde contre les dégâts collatéraux d’une telle dérive anthropologique. Comment affirmer en effet qu’instituer l’absence de père n’aura pas de conséquences psychiques et sociales ?  

Malheureusement, comme à l’époque de la révolution industrielle, la fascination fait son œuvre. Même si les deux situations sont différentes, nous ferions bien de tirer les leçons du passé. Car si l’homme a une réelle capacité et légitimité à perfectionner la nature, lorsqu’il en modifie la cohérence interne, cela se retourne toujours contre lui. L’être humain fait partie de la nature. Il possède lui aussi une logique interne — j’allais dire un mode d’emploi — que nous ne saurions modifier sans prendre le risque d’en rompre les équilibres. Décider d’ignorer la double filiation qui est au fondement de l’existence de tout être humain ne pourra qu’avoir de funestes conséquences pour lui-même et pour la société tout entière.  

Dépassons donc les crispations idéologiques stériles comme celles consistant à opposer progressistes et conservateurs ou encore croyants et non-croyants. Tout le monde est pour le progrès lorsqu’il s’agit d’un réel progrès pour l’homme. Ceux qui mettent en garde contre les dérèglements anthropologiques à venir ne sont pas d’obscurs conservateurs, ils s’efforcent d’avoir un temps d’avance sur les évolutions qui se profilent. 

Il reviendra bientôt au législateur de décider. C’est pourquoi, je termine par ces mots : Mesdames et Messieurs les parlementaires, soyez responsables, soyez courageux, soyez en avance sur votre temps !

Mgr Olivier de Germay
Evêque d’Ajaccio

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