Journée Fratello

Le rassemblement Fratello pour la Corse, s’est tenu le samedi 13 novembre à Corté, dans l’église Saint-Théophile. Il répond à la demande du pape François, et fait suite aux précédents rassemblements du genre : à Rome en 2016, à Lourdes en 2019.
L’événement a réuni cinquante personnes, dont une quarantaine d’accueillis. Les dix autres étaient les organisateurs de l’événement, des accompagnants, des animateurs, des bénévoles.
La plupart des accueillis venaient de l’association A Fratellanza, ainsi que, grâce à l’initiative de Mme Angèle Liegault, de divers foyers du 3e âge de l’agglomération bastiaise. On a compté quelques étudiants libanais et une personne venue individuellement, de sa propre initiative. 
Les accueillis étaient heureux d’être présents quelles que soient leurs origines. De plus, ils ont participé de manière très active aux ateliers et forums. Leurs remarques et réactions étaient très instructives. Ce n’était guère évident au départ, eu égard aux différences de culture, et aux barrières de la langue.
À la fin de la journée les accueillis ont vivement exprimé leur souhait de renouveler l’expérience.
Ce comportement montre que les pauvres n’ont pas nécessairement peur de s’afficher comme tels, et qu’aucune timidité ne les freine quand ils doivent s’exprimer. 
Les associations caritatives étaient présentes, elles ont pu présenter leurs activités. Leurs représentants ont participé aux différents ateliers.
Synthèse des groupes de paroles
Cinq groupes de parole ont été constitués, de 10 personnes chacun, pour travailler autour de trois thèmes :
La société aujourd’hui
Notre place dans la société
Que pouvons-nous apporter à la société ?
Après le repas partagé, les travaux de groupes ont été restitués. En voici ci-dessous la synthèse, loin d’être exhaustive, établie par l’une de nos bénévoles.
Premier thème : la société aujourd’hui 
La société a évolué très vite en Corse. Les familles monoparentales sont nombreuses et les familles se recomposent comme partout ailleurs. Cet éclatement de la cellule familiale est vécu douloureusement.
Les anciens ne retrouvent plus les valeurs que leurs ont enseignées leurs parents, ils se sentent décalés et souffrent de solitude. Les jeunes sont inquiets pour leur avenir, un certain pessimisme s’est instauré, voire un état de dépression. Des jeunes hyper diplômés ne trouvent pas d’emploi. C’est est encore plus difficile pour les  jeunes en échec scolaire depuis l’enfance. La société n’inclut plus et le regard de l’autre est souvent indifférent, parfois malveillant. Une personne sur cinq vit au-dessous du seuil de pauvreté en Corse. Nous assistons à un renoncement aux soins qui touche surtout les plus âgés, mais pas seulement.
Deuxième thème : notre place dans la société 
La société c’est nous, des hommes, des femmes qui portons en nous  des compétences  naturelles ou acquises que nous pouvons partager individuellement ou collectivement. On entend souvent : je n’ai pas le temps ! Rien ne nous empêche, dans nos parcours de vie, de porter un regard bienveillant sur les personnes que nous croisons, être souriants, avoir une bonne écoute, prendre le temps de considérer l’autre, lui montrer qu’il est digne d’intérêt et que son avis a de l’importance, instaurer une relation de confiance, générer du lien social. Une personne a dit : « Je veux être un artisan de paix  par ma foi, mon regard bienveillant, mon optimisme, mon engagement à faire le bien autour de moi, en allant vers les personnes les plus démunies, les personnes âgées, les malades. Je suis heureuse de le faire, je crois que les personnes le sentent et  en éprouvent également de la joie. »
Une autre personne a dit : « J’apporte de la révolte à la société, je veux faire bouger les choses. Je veux partager mon expérience, ma souffrance pour faire changer le regard des autres sur la pauvreté.  Je veux être efficace,  seule je ne peux pas grand-chose, mais unis nous pouvons nous projeter, aller taper aux portes, avoir la volonté de faire et réussir à faire. »
Troisième thème : Que pouvons-nous apporter à notre société ?
Nous finissons sur une note positive car dans tous les groupes, les participants sont disposés à venir en aide aux autres dans la mesure de leurs moyens. Chaque être humain peut apporter quelque chose à notre société :
– En transmettant les valeurs reçues de nos parents, à nos proches en famille, dans notre milieu professionnel, dans le cadre de nos loisirs, dans la façon de vivre notre foi.
– En apportant de l’écoute, de l’espérance, de la joie, de l’aide matérielle aux personnes, leur permettre de se nourrir, se vêtir, se laver, avoir un toit pour dormir, de l’aide administrative dans le cadre de l’accès aux droits : améliorer leur quotidien. 
– En allant vers l’autre avec bienveillance et respect, pour lui redonner l’envie de vivre, de participer, de redevenir acteur de son projet de vie en lui facilitant les choses.
Conclusion
L’idée de distribuer un cadeau aux accueillis à la fin de la journée a été appréciée. Elle est à retenir. On pourrait prévoir des stands pour les associations présentes, ce qui permettrait à ces dernières de se faire connaître de manière plus complète et détaillée à nos accueillis.
Cependant le plus important est sans doute la place donnée à l’espérance dans les propos des participants. Il est remarquable, et il est beau, que dans leur pauvreté les accueillis pensent pouvoir apporter quelque chose à la société. Cela nous oblige à l’humilité, et à l’écoute envers les pauvres.

Propos recueillis par Jean-Claude Vignoli