Mgr François Bustillo, évêque d’Ajaccio pour la Corse

 

  • Pouvez-vous nous présenter les grandes étapes de votre vie et de votre ministère ?

Ma vie a été accompagnée par la foi. Dans ma famille, depuis tout jeune, la foi a structuré ma vocation. Ainsi, très jeune je suis rentré chez les frères Franciscains. Est-ce que j’avais la vocation ? Sans doute, un germe. Ensuite, avec les médiations, la vocation a grandi. 

À la fin de l’adolescence j’ai fait le choix de rester chez les Franciscains. J’avais mes questions et mes doutes mais j’avais également un terrain de confiance qui me rassurait. Ainsi, en Italie à Padoue, aux pieds de s. Antoine, j’ai fait mon noviciat, l’initiation à la vie communautaire. Après, j’ai fait mes études de philosophie et théologie pendant 5 ans pour, ensuite, continuer la formation théologique à Toulouse. Un temps précieux pour me former.

À presque 26 ans j’ai été ordonné prêtre et mis au couvent de Narbonne où les frères animent une paroisse. Dans l’Aude j’ai vécu la plus grande partie de mon ministère sacerdotal. De prêtre, petit à petit, je suis devenu pasteur. Dans le ministère sacerdotal on se donne, on pardonne, on aime, on souffre mais surtout, on grandit. J’ai été curé, provincial, vicaire épiscopal. J’ai eu des responsabilités pour me fortifier et pour fortifier les autres.

De la Méditerranée je suis passé aux Pyrénées, à Lourdes. Dans la cité mariale et dans le diocèse, j’ai accepté une responsabilité nouvelle, celle de la protection des mineurs et des personnes vulnérables. Dans ce domaine, suite aux douleurs de l’Église par les fautes de certains des pasteurs, j’ai appris à éduquer, accompagner et gérer des situations pour que l’Église soit un lieu sûr où les enfants, les jeunes et les personnes vulnérables ne soient pas dominés ni manipules. J’ai appris à communiquer avec les familles pour leur offrir la confiance et le sens de la responsabilité.

  • Comment envisagez-vous le début de votre épiscopat en Corse ?

J’ai l’été devant moi comme un temps précieux pour observer la réalité à partir des nombreuses traditions. Sur le terrain je vais voir un peuple, des personnes, sans doute des attentes, des souffrances, des rêves.

Je souhaite écouter les pasteurs et les personnes. Certes, lors de certaines célébrations, nous ne pouvons pas trop rentrer dans les détails mais je crois important de commencer par la disponibilité. Je veux être disponible aux personnes qui me sont confiées. Elles ont le droit d’avoir un pasteur qui ne se cache pas dans son bureau mais qui rencontre et apprend par les mécanismes relationnels. 

Il me semble important, également, d’avoir un contact cordial avec les autorités civiles et militaires. Chacun selon sa mission doit contribuer au bien des citoyens. Moi je ferai de mon mieux pour faire avancer le Bien commun à partir des valeurs solides de l’Évangile.

  • Comment votre expérience de religieux franciscain peut-elle servir notre Église de Corse ?

La longue tradition franciscaine de l‘île est une chance et une sacrée responsabilité.  D’un côté, je constate les traces architecturales et de dévotion de presque huit siècles de présence franciscaine. J’espère que je vais continuer dans le mouvement de la construction d’un monde et d’une Église où la fraternité, l’intériorité, la mission et l’attention aux pauvres ne sont pas du domaine du virtuel mais du réel. 

La parole du Christ à s. François : « Va, François, répare mon Église » est d’actualité. L’Église doit être réparée, des familles seront réparées, des cœurs doivent être réparés, des jeunes cherchent des « réparateurs » dans leurs vies complexes et fascinantes. 

La première prédication franciscaine était morale et non doctrinale. Au tout début de l’expérience franciscaine les frères annoncent la paix et la réconciliation ; plus tard, surtout avec s. Bonaventure, la prédication deviendra plus doctrinale. Je crois  que ce côté simple de la prédication de la paix et de la réconciliation est d’actualité. Notre société, nos familles et nos vies ont besoin d’être pacifiées.

Alors, je vais essayer d’actualiser la tradition franciscaine en lui donnant son actualité. Faire de l’archéologie franciscaine est intéressant pour les spécialistes, or, plonger dans la spiritualité franciscaine pour faciliter le contact avec le monde est tout à fait opportun.