Pierre Bertoni

Le 27 juin dernier, Pierre Bertoni a été ordonné diacre en vue d’être prêtre. Deux questions posées : Présentez-vous, mais aussi que pensez-vous de l’importance des confréries au sein de l’Église catholique de Corse ? vous qui êtes toujours confrère de la confrérie saint Antoine Abbé de Calvi. On vous écoute.

Je suis né à Calvi en 1967 où j’ai grandi : école primaire et collège. Puis études au lycée à Bastia, université Nice et Corte. Enseignant de langue et culture corses de 1994 à 2015, année d’entrée en propédeutique au séminaire Saint-Luc d’Aix-en-Provence. 

Servant de messe, j’ai intégré la Confrérie saint Antoine Abbé de Calvi à l’adolescence, dont j’ai été chantre et prieur pendant quelques années. 

J’ai également fait partie de l’association culturelle U Svegliu Calvese qui organise les Rencontres de Chants Polyphoniques, la Passion du Christ (A Passione), de nombreuses activités autour de la culture locale, de la langue corse et des ateliers de théâtre. 

Autant de lieux où j’ai toujours cherché à développer un sens de l’écoute de l’autre, de l’accueil des différences et des fragilités, du partage de ma propre culture : il ne peut y avoir de véritable croissance sans échange et sans respect mutuel. Car le véritable don est de donner ce que l’on est plus que ce que l’on possède. 

C’est au cœur de la confrérie saint Antoine Abbé de Calvi que j’ai eu l’occasion d’approfondir et de développer cette recherche du bien commun qui me tient tant à cœur.

Dès mon plus jeune âge, j’ai été plongé dans ces liturgies et paraliturgies dont les chants multiséculaires ne cessent de résonner en moi. Elles ont pétri notre culture et notre foi dans un extraordinaire métissage fait d’éléments provenant de la latinité, mais aussi d’autres horizons méditerranéens, de Grèce, d’Afrique du Nord, d’Espagne et bien sûr d’Italie avec la présence franciscaine, pisane, génoise, napolitaine, sarde, romaine, donnant ainsi naissance à des expressions singulières et en même temps universelles. On y entend encore les accents sonores et rugueux, mélodieux et déchirants d’une culture qui ne craint pas la rencontre et la différence mais qui sait combien la vie est sacrée, combien elle trouve son véritable sens dans le présent, sans renier le passé mais aussi sans l’idolâtrer. Le Seigneur nous lance un appel urgent à vivre notre foi en allant de l’avant, sans regret nostalgique et stérile : marcher avec Lui, lumière pour tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps, de tous les peuples. 

C’est pourquoi, je crois que les confréries sont une véritable chance pour notre Église mais aussi pour la Corse en général, pour sa jeunesse. Elles sont une force de vie au service de la foi, de l’espérance et de la charité. Elles sont pour les jeunes des lieux authentiques et vivants où peuvent s’exprimer leurs craintes et leurs espoirs pour le présent et pour l’avenir, dans une mixité sociale et générationnelle bienveillante et féconde. Elles peuvent être aussi des lieux d’inventivité pour des liturgies toujours plus belles et plus priantes dans ce magnifique bouillonnement créatif que nous connaissons en Corse. Et elles doivent surtout être des centres de diffusion de l’amour fraternel et de la paix dont l’humanité a besoin pour cheminer en frères, malgré les amalgames et les incompréhensions, et pour lutter contre les injustices, contre la culture vénéneuse de l’indifférence, de l’exclusion et de la mort. 

En s’inscrivant ainsi dans le droit fil des traditions corses et de l’Evangile, elles ont vocation à être un des ferments de la conversion des cœurs.

Ch’elle sianu e nostre cunfraternite sumente di pace è d’amore pà a nostra Corsica, pà u mondu.

Pierre Bertoni