Pèlerinage diocésain en Terre Sainte

Venus de toute la Corse, nous étions plus de cinquante personnes à avoir participé au pèlerinage proposé par le diocèse d’Ajaccio du 4 au 13 mai 2018.  Pendant dix jours, du désert du Néguev aux rives du Jourdain en passant par Massada et Qumran ; de Nazareth à Bethléem en passant par le lac de Tibériade, Capharnaüm, Cana, Haïfa, Césarée Maritime ; de Bethléem à Jérusalem, nous sommes allées à la rencontre de Jésus. 

Toutes les deux, nous avons des points communs (même groupe de recherche autour de la Bible ; même profession : principales de collège à la retraite ; même situation familiale : mariées, des enfants et des petits-enfants). Nous ne sommes peut-être pas parties exactement pour les mêmes raisons mais nous l’avons fait avec l’assentiment de nos maris respectifs qui avaient peut-être senti, avant nous, que nous avions besoin de ce temps pour reprendre notre vie en main.

Nous avons rejoint le groupe de pèlerins, libérées de toute contrainte, prêtes à ouvrir nos yeux, nos oreilles et notre cœur pour aller à la rencontre des autres.

Les autres, ce furent d’abord les membres du groupe,  nous étions cinquante-quatre personnes. Si ce nombre peut paraître important, il n’a jamais été pesant. Au début, certains venus d’Ajaccio, de Bastia, de Corte ou d’ailleurs, avaient tendance à mettre en avant leur identité géographique mais peu à peu, apprenant à nous connaître, nous sommes vraiment devenus les membres de l’Église de Corse, chacun prenant soin des autres. Le drapeau corse qui fermait la marche dans les rues de Jérusalem veillait sur l’ensemble de notre petite communauté.

Les autres, ce furent aussi les religieux et religieuses qui nous ont accueillis et ont partagé leur joie et leurs craintes. Ainsi, le père Stéphane nous a décrit l’immense travail social, culturel et patrimonial effectué par les Pères franciscains sur tout le territoire et qui prouve combien cette présence franciscaine est indispensable à la population tout entière. Le père Frantz, quant à lui, Père blanc missionnaire d’Afrique, a osé aborder dans son discours la situation politique du pays, nous laissant peu d’espoir de voir s’installer une paix durable dans cette région du monde. Mais « s’il n’y a plus d’espoir, il nous reste, à nous chrétiens, l’espérance ». Telle fut sa conclusion. 

Les autres, ce furent enfin notre chauffeur, les personnels qui se mettaient à notre service, les autres pèlerins croisés sur tel ou tel lieu, la foule cosmopolite de ce peuple d’Israël où juifs, musulmans, chrétiens, partagent la même terre, pratiquent leur monothéisme dans un apparent respect mutuel. Nous n’avons ressenti aucune violence, aucune intolérance, durant ce séjour, mais au contraire, une atmosphère empreinte de religiosité, diront les uns, de spiritualité, diront les autres. Concentrés sur notre pèlerinage, nous étions loin, il est vrai, des discours, des actes et de la violence politiques qui se sont manifestés dès le jour même de notre départ ! Et ainsi, nous nous sommes laissés porter.

Tout d’abord, Antoinette Bianchini, grâce à une organisation sans faille, a géré le quotidien à notre place. Un grand merci à notre responsable des pèlerinages qui nous a offert confort et nourriture terrestres bien agréables. Nul besoin de nous agiter face aux tâches matérielles comme Marthe au chapitre 10 de l’évangile de Luc. Comme Marie, nous nous sommes mises à l’écoute. 

Puis notre guide Georges, catholique syriaque et grand historien, a enrichi nos connaissances et nous a fait découvrir des lieux qui nous permettent à présent de mieux comprendre les textes que nous lisons dans la Bible.  Nous savions très bien qu’il ne s’agissait pas pour nous de découvrir les lieux exacts où les événements décrits dans les Évangiles se sont déroulés, mais comme le répétait Georges, de « faire mémoire » de ce que Jésus et ses disciples ont vécu ; de « faire mémoire » de toutes les démarches des nombreux pèlerins qui nous ont précédés dans la foi depuis deux mille ans. 

 Enfin nos deux prêtres, le père Jean-Yves Coeroli et le père Olivier Culioli, par leurs lectures, leurs explications pendant les temps de méditation et la célébration des messes dans des lieux uniques, ont donné à ces visites historiques une dimension, une force qui ont fait de ces dix jours un temps de prière simple et naturel. Ils nous ont apporté  à chaque instant une nourriture spirituelle qui nous a comblées.

C’est dans cet état d’esprit ouvert sur l’histoire, porté par la majesté et la beauté des lieux et ancré dans la foi servie par les Écritures, que nous avons vécu des moments inoubliables. 

Pourtant, toutes les deux, nous n’avons pas toujours ressenti les mêmes choses au même moment. « En ce qui me concerne moi, Marylène, j’ai particulièrement été touchée par le Chemin de Croix historique qui nous  a menés du palais d’Hérode au Saint Sépulcre, long moment pendant lequel tout le groupe de pèlerins était priant ; j’ai été profondément émue de me retrouver au milieu de pèlerins  différents par leur couleur de peau, leur langue, leur vêtement, qui priaient le même Dieu que moi, son universalité est devenue réalité. »

« Quant à moi, Jacqueline, j’ai été très sensible à la grandeur, à la magnificence du désert, ses couleurs, son calme, ce sentiment de paix, de tranquillité. Je ne m’y suis pas un seul instant sentie écrasée mais au contraire j’y étais sereine et émue de pouvoir fouler cette terre qui a accueilli les pas de ceux qui nous ont précédés dans la foi. J’ai également ressenti une grande émotion sur les bords du Jourdain et une paix intérieure a envahi tout mon être au moment du renouvellement de notre profession de foi alors même qu’une foule nombreuse y exprimait bruyamment la joie du baptême. Mon cœur s’ouvrait. »

Nous sommes revenues de Terre Sainte plus légères, plus à l’écoute des autres, plus riches spirituellement. Comme tous ceux, nous n’en doutons pas, qui ont partagé avec nous ce séjour inoubliable, nous étions et nous sommes des pèlerins heureux. 

Merci à tous pour ce moment de partage et de foi.

Par Jacqueline Rode et  Marylène Bellion.

 

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