La bioéthique, l’affaire de tous …

A l’occasion des états généraux de la bioéthique, le diocèse a, en lien avec l’Association Familiale Catholique (AFC) d’Ajaccio, organisé deux conférences-débats en avril à Porticcio et à Bastia. Temps d’information, de réflexion, de questionnements, d’échanges… devant de belles assistances, variées. Bertrand Lionel-Marie qui a co-animé ces rencontres avec Mgr de Germay, revient sur ces débats.

La bioéthique peut parfois apparaître comme un sujet complexe nécessitant des prérequis technoscientifiques, une culture médicale ou juridique voire philosophique et, donc, réservée à des experts.
Elle intéresse pourtant chaque citoyen ; des choix d’apparence technique modèlent, en effet, le visage de notre société et le devenir de notre humanité. Elle concerne aussi toutes les familles, en tant qu’elles sont ‘sanctuaires de la vie’ (Benoît XVI), en particulier de la vie émergeante et de la vie déclinante. Nos familles sont confrontées à — mais, aussi, transformées par — l’accueil d’une personne porteuse d’un handicap, l’accompagnement d’un membre souffrant, l’épreuve de l’infertilité, etc.

Intervenant sur l’assistance médicale à la procréation (AMP), j’ose, à la suite du Comité consultatif national d’éthique (Avis n°8 du 15.12.1986), une question: n’est-il pas paradoxal, en cas de FIV (fécondation in vitro), que le désir de donner la vie côtoie alors la disparition programmée d’êtres humains, les embryons dits surnuméraires (au nombre de 221.538 en 2015)? Ou encore : ne faudrait-il pas favoriser des grossesses naturelles plus précoces plutôt que de privilégier des naissances tardives et artificielles par AMP, avec leur lourdeur médical et leur coût social ?

Face aux tentations du transhumanisme, de l’homme augmenté, Monseigneur de Germay s’interroge : « La valeur d’une vie humaine dépend-elle de ses performances ? » « Quoi de plus vulnérable qu’une personne qui aime et qui attend d’être aimée en retour ? » Face aux évolutions progressives et aux disjonctions entre sexualité, fécondité, amour et mariage, il questionne : « Jusqu’où aller et avec quelle vision de l’homme ? »
De la salle, les questions ou les observations surgissent. D’un enseignant en éthique biomédicale : sur l’articulation entre l’autonomie du sujet et sa responsabilité à l’égard des autres. D’une lycéenne : sur le transhumanisme et ses limites. D’un homme jeune qui se présente comme catholique non pratiquant : je croyais que l’Église avait des réponses toutes faites…

Certains emportent les fiches thématiques (Recherche sur l’embryon humain, Diagnostic prénatal, Thérapie génique, etc.) rédigées par le groupe de travail de la Conférence des Evêques de France pour continuer à se former et à réfléchir… Chacune expose les éléments scientifiques et juridiques et les questions éthiques en jeu.
Jocelyne nous parle de son frère porteur d’une trisomie 21, dont elle est aujourd’hui la tutrice, des moments passés avec lui à la plage ou au restaurant, de paroles parfois blessantes et, aussi, du désir de son frère de recevoir le sacrement de la Confirmation…

Si les états généraux s’achèvent, nous avons, tous, encore fort à faire pour accompagner, pour nous former et pour transmettre, pour questionner et interpeller, pour prier et pour annoncer l’Évangile de la vie.

Par Bertrand Lionel-Marie
Responsable du secteur bioéthique à la confédération nationale des AFC