L’obéissant ressuscité

Dans la richesse des textes que la liturgie nous propose dans la période pascale, il est un hymne que Saint Paul recueille vraisemblablement des toutes premières communautés chrétiennes et qui semble lui venir à la mémoire lorsqu’il veut encourager les chrétiens de Philippes à se comporter comme le Christ. Ce texte est la deuxième lecture du dimanche des Rameaux.

Le mouvement d’abaissement volontaire, d’anéantissement puis d’exaltation dans la Seigneurie évoque une façon de concevoir l’incarnation et la résurrection. Mais ne nous y trompons pas : le Fils n’a pas abandonné sa condition divine pour prendre « pour un temps » la condition humaine et reprendre ensuite sa condition initiale confirmée. Il n ‘a fait que continuer comme homme incarné ce qu’il faisait déjà comme Fils et c’est cela que veut donner en modèle saint Paul.  

Dans une société structurée par des positions, des conditions différentes, Jésus, de condition divine, aurait pu prétendre aux avantages de sa condition, les égards, les privilèges, le pouvoir : il les rejette. N’est-ce pas cela qui déjà donne sens aux tentations dans le désert, au début de sa mission ? Il refuse d’utiliser son pouvoir à son propre service. Il a renoncé à être le Messie tel qu’on l’attendait, pour montrer que le Royaume est ouvert aux petits à qui le Père le révèle.

Il a voulu être de condition modeste, sans privilège particulier, sans participation aux pouvoirs politiques ou religieux. Il assume jusqu’au bout la condition humaine, y compris la souffrance et la mort sur la croix. Mais pourquoi ? Par obéissance. Non pas cette obéissance contrainte à un ordre extérieur que nous imposons aux enfants, mais librement, en se faisant obéissant. « Obéir », en son mot grec, c’est « écouter en penchant la tête » : humble écoute de la Parole de Dieu, en penchant la tête en signe de vénération et d’amour. L’obéissant est celui qui écoute, et Jésus écoutait les dispositions du Père ; il ne fait rien que ce qu’il voit faire au Père. En tant que Fils, il accepte de recevoir du Père sa vie, il accepte librement de se recevoir du Père : forme d’amour réservée au Fils et constitutive du Fils, dans sa condition humaine comme divine. Et il n’attend rien en retour du don libre de sa liberté.

On s’attend alors que la résurrection soit annoncée. En fait, présente, elle n’est pas mentionnée: il ne s’agit pas de partir de la perte de la vie, mais du sens de cette perte, le don. C’est pourquoi le texte ne parle pas de simple retour à la vie mais d’exaltation, et même de surexaltation, d’entrée dans la gloire. Au don du Fils répond un don tout aussi gratuit du Père ; dans la résurrection tout est don gratuit et pourtant rien ne peut se faire sans le consentement de la liberté.

Jésus est allé jusqu’au bout de sa condition de Fils, obéissant, et il est confirmé par le Père dans son « statut », son être de Fils. Son nom est la révélation de ce qu’est sa personne devant Dieu : Jésus est Sauveur et Seigneur. Mais une fois encore, s’il reçoit légitimement honneur et vénération, ce n’est pas pour lui-même — comme pour en tirer un profit personnel — mais pour la gloire de Celui que l’obéissance du Fils a révélé comme Père. Jésus a œuvré pour que son Père soit connu et aimé : son don total dans la mort comme Fils obéissant a permis que soit manifestée la puissance d’amour de ce Père, source de vie.

Pour nous, célébrer et espérer la résurrection, c’est espérer qu’il nous advienne cela même qui est arrivé à Jésus : entrer dans l’intimité du Père. Cela passe pour nous par l’acceptation du statut de fils, en nous conformant au Fils ; se reconnaitre fils, c’est accepter de recevoir, accueillir sans réserve, c’est consentir à la vie comme un don reçu. Le Christ ressuscité nous ouvre la porte, mais nous ne pouvons entrer dans la maison de Dieu qu’en reconnaissant Dieu pour Père. Alors dans le Christ nous serons tous des « écoutants ressuscités ».

Par Joseph Fini.