Pas venus pour baptiser !

« Le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser mais pour annoncer l’Evangile » écrit saint Paul aux Corinthiens (1 Co 1,17). L’apôtre ne cherche pas, bien sûr, à dévaloriser le baptême ; il veut simplement faire comprendre aux Corinthiens qu’ils font fausse route s’ils s’attachent davantage à celui qui les a baptisés (que ce soit Apollos, Pierre ou Paul lui-même) qu’au Christ. Peu importe, en effet, celui qui les a baptisés (cf. 1 Co 3,7), l’important est d’accueillir l’Evangile, c’est-à-dire la folie de la Croix du Christ (cf. 1 Co 1,18). Saint Paul montre ainsi que le baptême ne servirait pas à grand-chose s’il n’ouvrait pas à une vie nouvelle enracinée sur le mystère pascal. Il ne s’agit pas simplement d’avoir été baptisé, mais de garder l’Évangile : « Vous serez sauvés si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants. » (1 Co 15,2)

Ecrit dans un contexte particulier, ce passage de la Parole de Dieu rejoint notre actualité. Nous sommes en effet dans cet entre-deux où, malgré la sécularisation galopante, de nombreuses personnes ont encore reçu ou reçoivent les sacrements de l’initiation chrétienne. Mais, parmi elles, combien vivent du mystère pascal ? Combien ont réellement accueilli l’Evangile ? 

Les paroles de Paul nous éclairent et nous encouragent, nous qui sommes dans cette situation paradoxale où, tout en célébrant encore beaucoup de baptêmes ou de « communions », nous avons parfois le sentiment de faire peu de disciples !   

Les paroles vigoureuses de Paul rejoignent l’insistance du pape François qui appelle de ses vœux une conversion pastorale et missionnaire de nos Eglises locales. Ce processus a commencé en Corse et je rends grâces à Dieu en particulier pour les écoles de la mission qui se sont mises en place, et pour les quelques missions d’évangélisation qui ont eu lieu récemment. Ensemble, poursuivons cet effort. Comme je l’ai indiqué dans ma lettre pastorale sur l’évangélisation, il s’agit d’aider les fidèles « pratiquants » à devenir missionnaires, de réfléchir avec eux à la façon dont nous allons annoncer l’Evangile à ceux qui demandent un sacrement, et enfin de développer, sous la conduite de l’Esprit Saint, des initiatives missionnaires en direction de ceux qui ne s’adressent pas, ou plus, à l’Eglise. 

Dans cette dynamique, certains diocèses ont mis en place un parcours sur le b.a.-ba du christianisme pour tous ceux qui désirent se marier à l’Eglise, faire baptiser leur enfant, ou encore l’inscrire au catéchisme. Voilà une belle initiative missionnaire que nous pourrions travailler cette année afin de l’adapter à notre contexte corse et en faire un outil, parmi d’autres, au service de l’évangélisation. 

Que la nécessaire vigilance vis-à-vis de la pandémie actuelle ne nous fasse pas perdre notre enthousiasme missionnaire !

+ Olivier de Germay

Évêque d’Ajaccio