Le bien commun en actes

Je voudrais vous partager une belle grâce reçue récemment. J’ai en effet eu la chance de participer début décembre à un pèlerinage à Rome avec plus de 200 chefs d’entreprise. Organisé par de jeunes entrepreneurs catholiques, à l’initiative de Mgr Dominique Rey, ce séjour à Rome avait pour thème le bien commun. Plusieurs interventions tournaient autour de la question suivante : comment exercer un leadership en cohérence avec la doctrine sociale de l’Eglise ?

Ces réflexions étaient accompagnées d’un engagement concret puisque les chefs d’entreprise présents ont accepté de soutenir financièrement trois associations au service du bien commun : Les Parcours alpha, Le Café joyeux et Entourage. 

 Le Café joyeux est une association — plus exactement une entreprise — qui donne un emploi « normal » à des personnes en situation de handicap mental (trisomiques ou autistes). Son fondateur nous a expliqué comment il avait été heurté par la façon dont ces personnes sont parfois mises à l’écart de la société. Réalisant qu’elles n’avaient pas simplement besoin que l’on s’occupe d’elles — avec le risque d’en faire des assistées — mais qu’elles avaient besoin de se sentir utiles, il a eu l’idée de leur permettre d’avoir une activité professionnelle « comme tout le monde ». C’est ainsi qu’est né Le Café joyeux qui regroupe des bars ou restaurants tenus par ces personnes en situation de handicap. Et le résultat est magnifique ! D’une part, ces personnes se sentent reconnues, valorisées, et d’autre part, les clients sont profondément marqués. L’un d’entre eux disait : « Grâce à ce restaurant, mon regard sur le handicap a totalement changé ; maintenant je n’ai plus peur de m’approcher de ces personnes ! » 

L’association Entourage a été fondée par un chef d’entreprise qui, après s’être interrogé sur le sens de sa vie, a vécu une conversion au Christ radicale. Devenu attentif aux autres, il s’est lié d’amitié avec une personne SDF et a mieux pris conscience de l’isolement qui déshumanise les gens de la rue. 

C’est ainsi qu’il a eu l’idée de mettre en place un réseau de personnes (voisins, commerçants, associations, personnes SDF…) permettant de créer du lien social et de favoriser l’entraide. Une application permet à un membre du réseau de signaler telle ou telle situation et à d’autres de proposer une aide. Le fondateur donnait l’exemple d’une personne de la rue ayant eu les dents fracturées suite à un passage à tabac, qui a pu bénéficier de soins gratuits de la part d’un dentiste membre du réseau.

Ces témoignages, jumelés avec d’autres activités comme les messes célébrées tôt le matin dans la basilique Saint-Pierre, l’audience privée avec le Saint-Père ou encore la rencontre avec le cardinal Parolin, ont fait grandir en moi l’amour de l’Église. Cette Église, qui est le moyen choisi par le Christ pour poursuivre son œuvre de salut, et qui survivra à toutes les institutions humaines, ne peut être réduite aux scandales dont on parle beaucoup aujourd’hui. Au cœur de l’Eglise, l’Esprit Saint suscite de grandes et belles choses ; pas forcément grandes aux yeux du monde, mais grandes aux yeux de Dieu. 

Et nous aussi, grâce à l’Esprit Saint, pouvons faire de grandes choses, pourvu que nous osions faire preuve de magnanimité, c’est-à-dire de cette grandeur d’âme qui fait les saints, comme nous le rappelait l’un des intervenants à Rome. A l’approche de Noël et de son pic de consommation, n’ayons pas peur de choisir la sobriété dans l’ordre des dépenses, et la grandeur d’âme dans l’ordre de la charité !

+ Olivier de Germay

Évêque d’Ajaccio