Écologie : le choix de vivre mieux

L’écologie était au programme de notre assemblée des évêques à Lourdes en ce début du mois de novembre, une assemblée élargie puisque chaque évêque était accompagné de deux personnes de son diocèse. Il faut reconnaître que les six intervenants extérieurs, plutôt jeunes, nous ont bousculés. Engagés de diverses manières dans l’écologie, ils nous ont partagé leur cri et leur passion. Grâce à eux, nous avons vécu une belle expérience ecclésiale et mieux pris conscience de l’urgence d’une conversion écologique.  

Cette prise de conscience suppose d’avoir le courage de regarder la réalité en face. Les courbes décrivant la dégradation des équilibres naturels dans différents domaines (climat, biodiversité, eau, etc.) augmentent d’une façon quasi exponentielle depuis la moitié du XXe siècle, et surtout à partir des années 80. Les effets du dérèglement climatique dont nous faisons déjà l’expérience ne sont que le prélude à un bouleversement planétaire qui ne causera pas seulement d’énormes dégâts sur la nature mais aussi de grandes souffrances (sécheresse, inondation des zones en bord de mer, pollution…) et une crise migratoire bien plus importante que celle que nous connaissons. 

Les grandes déclarations politiques (style COP 21) sont, le plus souvent, suivies de peu d’effets, et les mesures prises se révèlent inadaptées car elles ne permettent pas de sortir de notre modèle suicidaire d’hyperconsommation. L’écologie punitive (taxer les pollueurs) se révèle insuffisante. Notre système basé sur la croissance économique tourne à l’absurde. Les pays les plus riches sont entraînés dans une sorte de fuite en avant qui fait de nous des consommateurs toujours insatisfaits, génère une culture du déchet, creuse les inégalités sociales et détruit la planète. 

Face à cette situation, la tentation est grande de tomber dans le catastrophisme. Il est normal, et même bon, d’avoir peur de ce qui risque d’arriver aux générations futures. Mais cette peur doit se transformer en responsabilité et en espérance, car cette crise est l’occasion d’un changement radical de nos modes de vie. 

A Lourdes, nous avons rencontré des hommes et des femmes qui ont fait le choix prophétique d’une vie radicalement différente. Ils ont changé leur alimentation, leurs modes de transport, leurs loisirs. Certains ont changé de profession et quitté les grandes agglomérations.  

On trouve une grande diversité parmi les écologistes. Certains sont non croyants, beaucoup sont attirés par une « certaine forme de spiritualité ». Ce qui est sûr, c’est que, pour nous chrétiens, le souci écologique ne saurait être une option. Le respect de la création est profondément lié à notre foi. Comme le disait l’un des intervenants, si Dieu, à partir du chaos, a créé le monde en y mettant de l’ordre, l’homme aujourd’hui met du chaos dans la création. Dans ce sens, comme cela a été évoqué lors du récent synode sur l’Amazonie, on peut parler d’un péché écologique.  

Mais nos échanges nous ont surtout sensibilisés au fait que la menace écologique doit laisser place à une promesse. Prendre au sérieux la conversion que nous avons à vivre, individuellement et collectivement, ne consiste pas à renoncer – contraints et forcés – à un certain confort. Il s’agit de vivre mieux, de retrouver la joie de l’interdépendance (interdépendance que l’on constate dans le monde végétal et qui fait que certains parlent de biomimétisme). Il s’agit de posséder moins de biens matériels pour créer plus de liens, de faire le choix d’une sobriété bienheureuse, laissant davantage de place à l’émerveillement et nous permettant finalement de retrouver le sens de l’existence. 

Nous qui avons la chance de vivre sur l’Ile de Beauté, demandons la grâce, à la suite de saint François d’Assise, de savoir louer le Créateur pour toutes ses créatures !

+ Olivier de Germay

Évêque d’Ajaccio