PMA : dernière limite !

L’adoption prochaine de la loi autorisant « la PMA pour toutes » est donc annoncée. A moins d’être des spectateurs inertes face au rouleau compresseur des évolutions sociétales, on ne peut que s’interroger sur l’idée de l’homme qui porte un tel engagement. 

L’argument affiché en faveur de « la PMA pour toutes » est celui de l’égalité des droits. Difficile alors d’être contre la GPA sans une contradiction évidente. En réalité, l’argumentation de fond est différente. Elle se fonde sur la conviction que le désir d’une femme d’avoir un enfant doit l’emporter sur toute autre considération, entre autres celle selon laquelle un enfant a le droit d’être élevé par son père et sa mère. 

Ainsi que le montrent les résultats des États généraux de la bioéthique organisés l’an dernier, la grande majorité de ceux qui ont réfléchi à ces questions pressent la dérive anthropologique sous-jacente. Derrière ces revendications présentées comme un progrès, figure une vision de l’homme marquée par une certaine idée de l’autonomie. Comme le rappelle le Père Gaston Piétri dans ce même numéro, l’individualisme possède un versant positif lorsqu’il signifie « la prise en considération de chacun comme individu ». La société ne peut en effet être considérée comme une foule d’êtres humains indifférenciés. Malheureusement, le mouvement de balancier conduit plutôt aujourd’hui à enfermer l’individu dans l’illusion de son autonomie radicale et de sa toute-puissance. 

Ce qui frappe lorsqu’on essaie de relever les points communs aux divers sujets de bioéthique, c’est le rapport aux limites. Jusqu’à aujourd’hui, il fallait un homme et une femme pour que naisse un enfant. Avec « la PMA pour toutes », cette limite naturelle disparaît. Le projet d’élargir à toutes les femmes le dépistage prénatal traduit quant à lui la volonté d’éliminer l’embryon porteur d’un handicap, limite jugée inacceptable. Le transhumanisme ne cache pas sa volonté de repousser les limites naturelles du corps humain. L’euthanasie enfin, manifeste le refus des limites liées au grand-âge, et plus fondamentalement celui de ne pas tout maîtriser jusqu’à sa mort. 

Le fait de chercher à repousser nos limites n’est certes pas en soi un problème ; cela peut le devenir cependant lorsque manque le discernement. Rêver d’une autonomie absolue, c’est en effet oublier que la personne humaine est fondamentalement un être de relation. Or si je suis un être de relation, cela signifie que j’ai besoin de l’autre pour me réaliser, pour m’accomplir. Ainsi, l’autre est pour moi une limite et une chance. Parce que j’ai besoin de lui et qu’il a besoin de moi, l’autre me préserve de tomber sous la dictature de mes désirs de toute-puissance. Comme l’écrit Mgr d’Ornellas1 : « L’autonomie n’est pas l’isolement de l’être humain dans une tour d’ivoire, elle n’est pas non plus un impératif à suivre obligatoirement parce qu’il viendrait d’une personne qui l’aurait édicté dans sa solitude effroyable. »  

C’est une grande illusion de croire que je peux trouver le bonheur en m’affranchissant de toute limite ou en écartant celui qui contredit mes projets personnels. L’autonomie est bonne lorsqu’elle permet de m’ouvrir aux autres, et même de me donner. C’est par le don de soi que l’on peut transcender ses limites. La science est certes dans son rôle lorsqu’elle cherche à soulager la souffrance ; à condition de ne jamais faire passer les désirs individuels avant l’attention portée aux plus fragiles. L’enjeu, finalement, c’est une société plus humaine, ou toujours plus fragmentée.

Olivier de Germay
Evêque d’Ajaccio