Abus sexuels : prions et jeunons !

Suite à la récente révélation de nombreux cas d’abus sexuels commis par des prêtres ou personnes consacrées, le Pape François a écrit une lettre à l’ensemble du Peuple de Dieu. Cette lettre est un cri. Un cri pour exprimer la honte et la douleur du Pape et de toute l’Église face à ce scandale des abus sexuels ou de toute autre forme d’abus de pouvoir. Un cri qui se joint à celui des victimes dont les blessures « ne disparaissent jamais ». Rien ne pourra jamais totalement réparer le mal qui a été fait, dit le pape. Et rien ne doit être négligé pour éviter de telles atrocités. 

Si la solidarité avec les victimes nous pousse à souffrir avec ceux qui souffrent (cf. 1 Co 12,26), la faute de ceux qui ont failli rejaillit sur toute l’Église. C’est pourquoi « nous ressentons de la honte », écrit le pape, et même une forme de responsabilité : « en tant que communauté ecclésiale (…) nous avons négligé et abandonné les petits ». 

Même si la grande majorité des cas d’abus appartient au passé et si le pape est « conscient de l’effort et du travail réalisés (…) pour protéger l’intégrité des mineurs et des adultes vulnérables », il invite l’ensemble du Peuple de Dieu à se mobiliser pour favoriser « la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons besoin ». Le pape est convaincu que notre engagement dans ce domaine ne peut être que communautaire. 

Cet engagement exige une conversion personnelle et la contemplation du Christ afin de pouvoir reconnaître sa présence dans les pauvres et les petits. Il suppose aussi le rejet de toute forme de cléricalisme. Celui-ci en effet est comme un terreau favorisant les abus de pouvoir en tout genre. Il passe aussi, insiste le pape, par le repentir, et donc par « l’exercice pénitentiel de la prière et du jeûne ». Ensemble, dit-il, « demandons pardon pour nos propres péchés et pour ceux des autres ». 

En tant que collaborateur du pape, je voudrais relayer cet appel et donner à l’Église qui est en Corse quelques pistes pour que nous puissions nous engager dans cette transformation ecclésiale. 

• Ne jamais sous-estimer et encore moins cacher l’expression d’une plainte d’abus sexuel. Ma porte sera toujours ouverte pour écouter une telle plainte.

• Respecter le prêtre pour ce qu’il est, pour ce qu’il nous transmet du don de Dieu, mais ne pas le mettre sur un piédestal. Aussi grand que soit son ministère, le prêtre (comme l’évêque ou le diacre) reste un homme, et certaines formes de « vénération » peuvent l’inciter à tomber dans l’autoritarisme ou l’abus de pouvoir. 

• Résister à la propagation d’une culture hyper-érotisée qui favorise une sexualité narcissique et dégradante, tendant à instrumentaliser le corps de l’autre et à perdre de vue sa dignité personnelle. Cela suppose évidemment pour chacun d’entre nous le choix d’une grande pureté de cœur et de regard. 

• Prier et faire pénitence en demandant pardon au Seigneur pour nos propres péchés et aussi pour ces scandales qui défigurent l’Église. Le vendredi en particulier, n’hésitons pas à jeûner. Évitons l’habitude hypocrite de faire un excellent repas avec du poisson ; jeûnons et donnons plus de temps à la prière, à la lecture de la Parole de Dieu et au service des pauvres.   

Je conclus avec les paroles du pape François : « Que l’Esprit Saint nous donne la grâce de la conversion et l’onction intérieure pour pouvoir exprimer, devant ces crimes d’abus, notre compassion et notre décision de lutter avec courage.» 

Mgr Olivier de Germay.
Evêque d’Ajaccio.