Dieu a-t-il un plan pour moi ?

Une question fréquente, mais peut-être mal posée ! A partir d’un texte de Michel Rondet (Christus n°153,1992) Joseph Fini nous livre ses réflexions.

Partir de l’amour de Dieu

Très souvent on lie la « volonté de Dieu » à un plan préétabli qui serait notre « vocation ». Certes savoir que ce que j’ai à faire dans la vie est prévu par Dieu pourrait paraître réconfortant : je n’aurais qu’à attendre passivement un message évident ! Mais, outre que cela est peu compatible avec le sentiment de ma liberté, c’est le visage de Dieu qui est aussi compromis. Imaginer un Dieu qui a un plan pour moi, pour mon bonheur, et ne me le dit pas, me laisse chercher dans la difficulté la clé de l’énigme, m’abandonne à l’angoisse de me tromper, est-ce vraiment conforme à l’idée d’un Dieu Père, plein de sollicitude amoureuse pour ses enfants ?
C’est de l’amour de Dieu qu’il faut partir. Dieu ne veut pas, d’abord, de toute éternité, ceci ou cela pour nous ; il veut que nous soyons le plus heureux possible, selon la manière la plus personnelle et la plus riche de réaliser notre vie. Il attend que nous inventions, jour après jour, la réponse à donner à cet amour, en fonction de notre passé, de nos goûts, de notre compréhension du monde ou de l’Église.

Faire naître une fidélité

Le dessein de Dieu est un dessein de salut, d’amour qui se donne, et, comme désir d’alliance il ne peut s’adresser qu’à des personnes libres.
C’est donc d’abord dans l’approfondissement de notre relation à Dieu que nous pourrons trouver des signes de notre place dans ce dessein d’amour. La volonté de Dieu est le fruit d’une histoire d’amitié qui se construit peu à peu entre Dieu et moi.

La connaissance de Jésus, de sa façon de vivre et de refléter l’amour de Dieu, est pour nous le premier pas. Par le baptême nous sommes appelés à être Fils dans le Fils, à la manière du Fils, et Dieu espère de chacun de nous que nous disions par notre vie une parole qui consente à son amour. Méditer la Parole de Dieu, regarder comment Dieu agit, nous apprend comment Dieu est amour prévenant, même si c’est parfois de manière surprenante. Prier nous dispose à ressembler toujours davantage au Christ, à nous imprégner de son être en nous rendant disponibles à l’Esprit. Certes l’Évangile ne me dit pas ce qu’il faut faire, il m’appelle à la perfection de l’amour. Mieux nous intégrons l’appel de Dieu, qui s’adressant à tous parle à chacun, mieux nous pouvons créer une réponse personnelle et libre ; car l’Esprit nous pousse mais ne nous contraint jamais.

Cette fidélité à Dieu, en réponse à la fidélité du Fils envers le Père et du Père envers le Fils, nous introduit ainsi dans une communion qui n’est pas auto-complaisance circulaire mais volonté de communiquer pour transformer le monde et nous-mêmes. À quoi nous servirait en effet d’entrer par amour dans l’amour de Dieu, si notre amour n’était comme le sien, créateur, source de nouveauté et de transformation ?

Avancer avec ce que nous sommes

Ainsi nous ne partons pas de rien pour découvrir, dans une sorte d’illumination magique, la « volonté de Dieu » ; nous accueillons l’amour sollicitant de Dieu avec ce que nous sommes.
Certes la Bible nous montre, par exemple avec Abraham ou Paul ou Marie, des êtres appelés à une mission qui semble correspondre à une volonté particulière de Dieu sur eux et dévoile une vocation inattendue qui les surprend eux-mêmes ; l’histoire des saints nous donne aussi de tels exemples. Cependant ce que nous devons d’abord regarder, qui est pour nous exemplaire, ce n’est pas l’inattendu, la surprise, mais plutôt la réponse qu’ils ont su faire, dans une attitude de disponibilité qui s’est progressivement créée en eux.

Ce n’est pas dans la passivité que Dieu nous rencontre, mais dans l’action, dans le cheminement. Notre tempérament et notre histoire, nos désirs et notre volonté, nos relations et nos choix nous constituent, et c’est en travaillant avec eux que nous construisons notre sainteté, puisque tel est le dessein de Dieu pour nous. Travailler avec eux c’est accepter de les transformer chaque jour en faisant confiance à l’Esprit de Dieu. Cette conjugaison d’initiative humble de notre part et de confiance filiale nous permet de faire des choix qui nous correspondent vraiment.

Ami de Dieu que je sais être mon ami, je mets en œuvre tout un matériau pour accomplir ma vie. Mais comment savoir si ma volonté rencontre celle de Dieu ? Nous ne le saurons peut-être jamais d’un savoir intellectuellement sûr et stable, mais parce que nous sommes passés de l’attente stérile à l’action, de la peur à la confiance, des signes nous serons donnés.

Une construction toujours en dialogue

Ma vocation est au confluent de deux sources : ce que je suis, ce à quoi j’aspire, mes choix, et ce qui vient de Dieu, de l’éclairage de sa Parole, du soutien de son amitié.
Ainsi lorsque une de mes décisions me rend plus libre, lorsqu’elle introduit dans ma vie cohérence et sens, je peux dire qu’elle est volonté de Dieu ; de ce qui me donne une vraie joie, que je peux distinguer de l’euphorie immédiate, de ce qui me donne la paix, que je ne confonds pas avec la tranquillité, je pourrai penser que c’est la volonté de Dieu ; si je peux relire ma vie dans la prière pour que mon passé lui ouvre un avenir, alors j’aurais le signe que ce qui me rend heureux est la volonté de Dieu qui se réjouit de ma liberté créatrice.
Mais je ne vis pas seul ! Qu’en est-il dans ma vie des besoins du monde et de l’Église ? Une vie repliée sur moi peut-elle être conforme au Dieu de l’Alliance ? Une vie sans amour pour les autres et les plus pauvres, peut-elle se dire enracinée dans le Fils ? Une vie qui ne laisserait jamais transpirer la joie de la communion et de la communication est-elle vraiment digne de l’Esprit ?

C’est en découvrant ces correspondances, en acceptant ces questions que, petit à petit, se construit pour moi et par moi la volonté de Dieu. Elle n’était pas un plan caché à découvrir, mais un appel à la collaboration pour l’édification de ma vie, l’appel d’une liberté à une autre liberté.

Un choix radical

Notre premier choix, et il est radical, est celui d’être disciple de Jésus, dans la fidélité au baptême que nous avons reçu. Quel que soit le chemin concret que j’emprunterai, la forme de vie adoptée, il s’agit toujours d’aller au bout de l’appel du baptême, engagement à passer de la mort à la vie avec Jésus, à passer d’une vie pour soi-même à une vie pour Dieu. Chercher la volonté de Dieu, ce n’est pas renoncer à sa vie, c’est vouloir que notre vie soit construite par nous, avec son aide, pour qu’elle soit à ses yeux une réponse filiale.

Baptisé, c’est dans l’Église que se dessine pour moi la volonté de Dieu, non pas que l’Église soit nécessairement l’horizon ou le lieu unique de mon action, mais parce que se fonde en elle ce que Dieu dit aux plus lointains.

Dieu ne cesse de nous créer par sa Parole. Ce qu’il dit, c’est sa volonté de nous voir collaborant à la construction de notre vie et du monde. Cette construction d’un monde sauvé, l’Église en est l’annonciatrice et l’ouvrière, elle en est aussi la première ébauche. La volonté de Dieu pour moi est que je découvre dans mon amitié avec lui ce que je désire vraiment construire, dans la certitude qu’il est avec moi au travail.

Par Joseph Fini.