Lilou Zanettacci

Mme Zanettacci, pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Marie-Louise Zanettacci, je suis née Voglimacci et j’ai toujours pratiqué notre foi au sein de la communauté grecque de Cargèse.  

En quoi consiste votre fonction à la paroisse grecque de Cargèse ?

Après le départ de Monseigneur Marchiano, qui est resté à Cargèse plus de 40 ans,  avec Marc Frimigacci nous avons endossé la responsabilité de l’Eglise grecque. Depuis une dizaine d’années, j’assure l’accompagnement de la chorale grecque avec beaucoup d’humilité, prenant ainsi la suite des chefs de chorale que j’ai connus, Joseph Dapelo, Françoise Versini et Rosa Ferrandini.  Il s’agit pour nous tous, fidèles de cette Église, de perpétuer notre héritage liturgique et de le transmettre aux plus jeunes.

Quelle est l’histoire de la communauté grecque de Cargèse ?

En 1676, fuyant la tyrannie ottomane, 800 Grecs, persécutés et menacés de mort ou d’esclavage, sont partis d’un petit village qui se comme Vitylo. Ce village est situé dans le Magne, à l’extrême sud du Péloponnèse. Cette exode prit fin en Corse lorsqu’ils débarquèrent sur le rivage corse à Porto Monaghi, plus au sud sur le territoire de Cargèse.

Notre village est riche de l’histoire tragique d’un exil grec qui remonte donc au 17e siècle. Une première installation à Paomia trouve enfin un dénouement heureux au 18e siècle lorsque la colonie s’installe définitivement à Cargèse. Cargèse est un village qui a été créé spécialement pour eux afin que la colonie s’installe de façon pérenne, développe les cultures agricoles qu’ils maîtrisaient parfaitement et y prospèrent.

Peu à peu, par le jeu des unions maritales, les familles grecques et corses ce sont enrichies les unes et les autres de leurs cultures respectives.

Les Grecs sont arrivés orthodoxes et ont dû adopter la religion catholique afin de pouvoir rester et vivre sur cette terre. Le rite, quant à lui, est resté identique à celui de nos origines. C’est ce qui a sauvé leurs hymnes et prières originelles dont les mélodies sont spécifiques à Cargèse.

Les traces de la vie de ces Hellènes sont encore très présentes à Cargèse au 21e siècle. Le village possède un patrimoine architectural unique et des traditions religieuses de rite grec très ancrées.

Quelle est la particularité de la liturgie grecque de la messe ? 

À Cargèse, à l’église grecque est dédié à saint Spyridon et les offices sont toujours célébrés en grec. Les icônes sont les représentations vivantes de notre foi et le baptême se pratique par une triple immersion.

Pour illustrer l’œcuménisme de nos communautés religieuses cargésiennes, les deux églises, latine et  grecque, se croisent et s’unissent, notamment lors de la Semaine sainte.  

Le lundi de Pâques est chez nous le point culminant de notre religion et de nos festivités. Une grande procession se déroule dans les rues du village et est suivie par une foule immense de personnes venues de toute la Corse. Ce jour-là il n’y a plus ni latins, ni grecs, mais simplement des croyants réunis autour d’un seul symbole dans une même liturgie, celle de saint Jean Chrysostome joyeusement ponctuée du Christos Anesti, chant et cri de joie pour célébrer la résurrection du Christ.

Nous sommes toujours restés des chrétiens d’Orient. Si nous parlons le français et le corse, nous prions toujours en grec. C’est notre ADN de foi et l’église grecque est pour nous le point d’union. Nous y vivons tous ensemble profondément nos joies et nos peines, nous nous reconnaissons et connaissons toujours les parentés qui remontent à notre installation en Corse.  

Lorsqu’on regarde la physionomie du village, lorsqu’on apprend son histoire, lorsqu’on entend sa liturgie byzantine, lorsqu’on respire les fragrances de l’encens chargé d’oliban et de rose…  on ne peut que se dire que Cargèse est la perle d’Orient en Occident…