Le kérygme hier et aujourd’hui

Le mot « kérygme » provient directement du grec et signifie « l’annonce, la proclamation » de qui est l’œuvre du héraut, le « kéryx ». Le terme se réfère dans l’Église à la forme primitive de l’enseignement des apôtres, la proclamation de l’événement central de la foi : le salut par la mort et la résurrection de Jésus. Retrouvons-en la trace aussi bien dans la vie liturgique des premiers chrétiens que dans les lettres de Paul ou les discours des Actes des Apôtres.

La voix du kérygme dans les Écritures

Le plus ancien témoignage est celui d’un hymne, d’un poème de la célébration liturgique. Il se trouve, repérable par son articulation rythmique et son langage, dans la lettre de Paul aux Philippiens (Ph 2,6-11). A travers l’abaissement volontaire puis l’exaltation par le Père, c’est tout le mystère du Christ qui est proclamé, les deux éléments étant liés par « c’est pourquoi ». Même si la résurrection n’est pas mentionnée, le Christ est « exalté » par Dieu qui en fait le Seigneur, d’une seigneurie cosmique au ciel, sur terre et dans les enfers, sur les vivants et les morts.

Des lettres de Paul, retenons seulement la formulation donnée dans la 1re lettre aux Corinthiens (1 Cor 15,3-5) : « Je vous ai transmis en premier lieu ce que j’avais moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés selon les Ecritures, il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures. Il est apparu à Céphas puis aux Douze. » Deux formulations nouvelles apparaissent. La mort est « pour nos péchés », elle a un caractère salvateur ; la résurrection, comme la mort, est « selon les Écritures ». Le message pascal est interprété en référence au serviteur souffrant d’Isaïe 53 (c’est pour nous qu’il souffrait) et comme l’accomplissement des promesses de salut. Par ailleurs le kérygme « reçu » est entièrement fondé sur le témoignage des apparitions.

Les formulations les plus nombreuses et les plus élaborées du kérygme se trouvent dans les Actes des Apôtres, principalement dans les discours de Pierre et de Paul. Malgré les éléments imputables au rédacteur Luc, qui a certainement modifié ou recomposé ces discours, on peut reconnaître que ces premières prédications s’enracinent dans une vraie tradition primitive. 

« Jésus, l’homme de Nazareth, a été livré à la mort ; mais Dieu l’a ressuscité. Il l’a fait Seigneur et Sauveur, pour accorder la conversion et le pardon. Nous en sommes témoins », voilà, au-delà des différences, le noyau central de la proclamation originelle, du kérygme des apôtres.

Le kérygme aujourd’hui

Comment dire que le dessein de Dieu de sauver tous les hommes du péché et de la mort a été manifesté et accompli dans la mort-résurrection de Jésus ? Comment dire cet essentiel de la foi ? 

Pour les chrétiens, cet essentiel est transmis et « monnayé » dans la prédication dont il est le centre. A condition « qu’elle exprime l’amour salvifique de Dieu préalable à l’obligation morale et religieuse, qu’elle possède certaines notes de joie, d’encouragement, de vitalité et une harmonieuse synthèse qui ne se réduise pas à la prédication de quelques doctrines parfois plus philosophiques qu’évangéliques ». (François, La joie de l’Évangile). Dans la catéchèse également le kérygme est premier. « Toute la formation chrétienne est avant tout l’approfondissement du kérygme qui se fait chair toujours plus et toujours mieux, qui n’omet jamais d’éclairer l’engagement catéchétique, et qui permet de comprendre la signification de n’importe quel thème qu’on aborde. » (François)

Mais pour les hommes non croyants ou moins croyants ? Il nous faut d’abord articuler le kérygme avec les attentes ou les possibilités des auditeurs. Nous ne pouvons pas évoquer « les Écritures » qu’ils ne connaissent pas ou ne reconnaissent pas encore, ni parler de « Christ », mot dont la signification échappe. Il faut donc trouver nos propres mots. Cela est d’autant plus nécessaire que nous parlons d’un Jésus que nous n’avons pas vu, contrairement aux apôtres, et ne pouvons affirmer pour la résurrection : « J’en suis témoin ! »  Il nous faut donc nous en tenir au témoignage de notre propre foi, témoignage modeste, même si il est ardent. « Pour moi, être chrétien ; c’est … ». Voilà notre manière première de dire sinon « la » foi, du moins « notre » foi. Il nous incombe ensuite de l’enraciner dans le kérygme que nous avons reçu de l’Église !

Par Joseph Fini