A la rencontre de Francis Ghisoni

Véritable mémoire vivante du Diocèse, le père Francis Ghisoni nous raconte son parcours sacerdotal et nous livre avec beaucoup de recul sa vision de l’avenir. Partons à sa rencontre…

Quelles sont les grandes étapes de votre ministère sacerdotal ? 

Quelles sont les grandes étapes de mon ministère sacerdotal ? Un mot sur ma vocation. Je suis né et j’ai grandi à Marengo en Algérie. Je crois pouvoir dire que ma vocation est née avec le premier acte de foi émis par mon cœur de petit enfant : il y avait dans ma paroisse une religieuse jeune et dynamique qui nous enseignait le catéchisme, nous faisait chanter et animait nos jeux. Accompagnant le prêtre pour la communion des fidèles, plateau à la main sous le menton des communiants, je fus saisi par le recueillement de son visage : elle était en présence de quelqu’un d’invisible, et donc de Dieu. Et je pense que ma vocation est née près du prêtre dont j’étais l’enfant de chœur. 

J’ai été ordonné prêtre le 22 février 1964 à Santo Pietro di Tenda près du petit village de mes parents rapatriés d’Algérie. C’est dans une Algérie blessée et qui se relevait péniblement de ses tourments que j’ai exercé les prémisses de mon sacerdoce. Il n’était pas question pour moi de quitter cette Église en souffrance. J’ai été curé de Boufarik et d’une petite paroisse Douéra vers laquelle je me rendais en mobylette, avec à mes côtés un séminariste en stage, devenu célèbre par la suite : Guy Gilbert. Puis j’ai été envoyé en Grande Kabylie où j’ai collaboré avec les Pères Blancs de Tizi Ouzou et surtout avec le Père Charles Deckers qui fut plus tard assassiné avec les 18 martyrs d’Algérie. J’y ai enseigné dans un centre ouvert aux enfants ramassés dans la rue sous l’égide du Secours National Algérien. 

Mais voici que l’Archevêque d’Alger m’a demandé de devenir son secrétaire particulier. J’ai alors vécu une expérience très enrichissante au contact de ce grand homme d’Église si humain qu’était Monseigneur Duval. Mais ma présence à Alger va prendre fin avec un départ pour la Corse, sur les conseils de l’Archevêque en raison d’importantes raisons familiales. 

Prêtre en Corse me voici parachuté à Corte, près du chanoine Vincenti très accueillant et où je fais la connaissance de saint Théophile qui deviendra pour toujours mon ami. Encore un appel et un nouveau départ cette fois pour Ajaccio où je deviens le Vicaire général, pour cinq ans, de Monseigneur Jean-Charles Thomas. Après le départ de cet évêque pour Versailles, les nominations suivantes se sont succédées : paroisse Notre-Dame de Lourdes pendant 13 ans, la cathédrale d’Ajaccio : 8 ans, et enfin la cathédrale Sainte Marie de Bastia pendant dix ans au terme desquels j’ai dû me retirer à Bastia pour une vie de prière, de réflexion et de quelques services rendus avec bonheur à la chapelle de l’Annonciade.

Comment voyez-vous l’avenir de notre Église de Corse ? 

C’est le cœur en paix et en confiance que j’envisage l’avenir de notre Église de Corse à la mesure de notre ouverture à l’action de l’Esprit-Saint, cet Esprit, qui nous anime aujourd’hui et sur qui nous pourrons compter demain, au cœur même de la vie de l’Église et en nos cœurs. Deux conditions essentielles pour cela : notre fidélité à l’Église, l’accueil constant de son enseignement pour notre temps, notre amour pour elle, et un recours tout aussi constant à la Vierge marie, et cela en fidélité à l’héritage de nos anciens. 

Je me permets de signaler bien humblement trois domaines qu’il m’a semblé nécessaire de privilégier : 

– Une formation et une participation plus active et plus responsable de laïcs, en union avec leurs prêtres, à la vie et à l’activité des communautés chrétiennes. 

– J’ai noté au long de mon ministère, une diminution des enfants catéchisés, mais aussi, au fur et à mesure, un enrichissement de la catéchèse proposée. C’est déjà le souci de notre évêque, je pense qu’il y a encore beaucoup à faire pour interpeller les parents de nos enfants sur leur devoir d’éducateurs de la foi en famille. 

– Ma troisième préoccupation concerne les confréries. Elles font partie de l’Église et doivent vivre cette appartenance à travers leur vie de prière et leur action caritative. Impressionné par le nombre de jeunes qu’elles ont rassemblés ces dernières années, j’ai pu constater leur souci de grandir dans la foi de l’Église. Je pense qu’une catéchèse d’adultes avec des responsables formés dans la confrérie serait nécessaire pour enrichir notre chère Église de Corse qui vit aujourd’hui de Dieu dans la fidélité à notre passé chrétien.