Beauté et célébration eucharistique

« La liturgie est le lieu où s’exerce notre rédemption. » Elle est une réalité double où se conjuguent action de Dieu et action de l’homme. D’une part elle est l’ensemble des actes faits par les hommes pour glorifier Dieu, l’honorer, lui rendre grâce, le supplier ; d’autre part Dieu est lui-même présent pour élever l’homme à lui, le sanctifier, le diviniser. Sous ce double aspect la liturgie a partie liée avec la Beauté qui est selon le mot de Simone Weil « le sacrement du sourire de Dieu ».

Beauté de la liturgie

La liturgie est, d’abord et surtout, belle de la présence même de Dieu. Après l’expérience de la présence de Dieu dans son errance aux désert, le peuple de la Bible veut donner à Dieu une demeure, le Temple, dont on admirera la splendeur, dont la sainteté impressionnera. La liturgie grandiose et royale du Temple sera à la hauteur de l’habitant ! Mais Jésus rompt avec le Temple : « Détruisez ce Temple, je le rebâtirai en trois jours… il parlait du temple de son corps. » On n’a plus besoin du Temple pour rencontrer Dieu, il se donne à tous, dans le corps ressuscité de son Fils. La beauté de la liturgie change alors de sens ; si elle donne l’image d’un Dieu sublime mais lointain, admirable mais inaccessible, elle est inutile, voire mensongère et dangereuse. Pourtant elle doit exprimer encore la Beauté de Dieu, du Dieu de Jésus Christ : une beauté de service, de charité, la beauté d’une vie d’amour qui se donne et appelle tous les hommes. C’est cette aptitude à manifester la nature de notre Dieu qui fait que la « beauté n’est pas seulement un facteur décoratif de l’action liturgique, elle en est plutôt un élément constitutif ». Elle est le lieu où resplendit la Beauté de Dieu, la splendeur de son action pour nous.

Beauté dans la liturgie

C’est pourquoi « il est nécessaire qu’en tout ce qui concerne l’eucharistie on ait le goût de la beauté », puisqu’il s’agit de rendre possible la perception du Christ comme source du salut. Ainsi, ce n’est pas la somptuosité qui est recherchée, mais la vérité d’un geste noble, la beauté d’un geste simple et « habité ». Dans l’art du bâtiment, des objets, de la musique, on comprendra qu’on restitue à Dieu, dans un acte d’hommage, les beautés dont il est la source directe — la nature, la création — ou indirecte — les produits de l’intelligence humaine. La beauté poétique de la langue dans les prières comme dans les chants, participe à cet hommage. Encore faut-il que la simplicité requise ne soit pas indigence ; l’insuffisance, la médiocrité, « blessent le sens religieux ». Nous offrons à Dieu, dans un admirable échange, ce que nous avons de mieux parmi les biens qu’il nous a donnés et Dieu nous donne davantage encore. Une belle liturgie n’est pas flatteuse, intéressante ; elle manifeste le sérieux, l’engagement des acteurs dans l’échange. Qui n’a pas été ému par la beauté de telle célébration monastique, toute dépouillée, dans laquelle chaque geste, chaque mot, sont vécus avec une intensité joyeuse par l’ensemble des moines ou des moniales à l’unisson ?

Beauté par la liturgie

Ainsi, lorsque nous saisissons la beauté de la liturgie, lorsque nous accomplissons l’action liturgique dans un climat de beauté, la liturgie nous embellit, nous cultive, nous sanctifie. L’homme en effet aspire à la beauté ; nous sommes appelés à devenir réellement beaux dans la ressemblance à Dieu. En Dieu le Beau est la vérité qui resplendit, le Bien qui transforme : telle est la beauté que l’homme recherche. Par son exigence, la liturgie libère la beauté d’un repli possible sur l’homme, ses émotions ou ses sensations esthétiques, pour en faire un dialogue avec Dieu ; par-là elle nous élève, nous ouvre à la gratuité, à l’action de grâce. En se laissant saisir par la beauté qui se donne dans l’expérience sensible, visible, audible, de la liturgie, chacun de nous apprend à se déprendre de soi et à se laisser saisir par Dieu. Vivre la beauté de la liturgie, travailler à la beauté dans la liturgie nous rend « saints », c’est-à-dire semblables à celui que nous célébrons.

Par joseph Fini.