Les évêques africains en Corse

Le 28 août 430 saint Augustin s’éteignait dans sa ville épiscopale d’Hippone assiégée par les Vandales. Le siège commencé en juin 430 se poursuivra jusqu’en octobre de l’année suivante. Exténuée par le blocus des armées de Genséric, Hippone se rendra. La ville deviendra capitale du royaume vandale en Afrique du Nord. Une époque mourait. Une autre naissait….

Ces événements concernant la lointaine Afrique auront des conséquences jusqu’en Corse. D’abord parce que, de leur tête de pont africaine, les Vandales se lanceront à l’assaut de Rome qu’ils prendront dès 455 (1). Ensuite, parce que depuis leur arrivée en Afrique du Nord en 428, les Vandales ariens persécutent les catholiques : c’est ainsi que 48 évêques catholiques seront déportés en Corse avant la fin du même siècle.

La tradition a retenu les noms d’Appien, Florent et Vendémial (ce dernier aurait été ordonné évêque  par saint Appien) ; mais ils étaient certainement plus nombreux. Ces évêques participèrent à la pastorale locale en développant le culte autour de reliques de confesseurs et de martyrs, eux aussi d’origine africaine comme sainte Julie de Carthage et saint Parthée.

Les cinq diocèses insulaires sur lesquels nous sommes documentés (Mariana, Aléria, Ajaccio, Sagone et Nebbio) datent-ils de cette époque ? Ce que l’on peut dire, c’est que les vestiges retrouvés par les archéologues révèlent une disposition liturgique similaires à celle des églises d’Afrique du Nord : l’autel se dresse sur un podium en avant du chœur selon l’usage africain, différent en cela de l’usage des Églises des Gaules à la même époque.

Ces évêques retournèrent en Afrique où ils subirent le martyre. Ils ont laissé quelques souvenirs en Corse où saint Appien, patron de l’ancien diocèse de Sagone, était fêté le 19 janvier. Avec saint Florent il a aussi laissé des traces dans la toponymie. Curieusement saint Vendémial n’a laissé aucun souvenir….

Quant à saint Augustin, ses œuvres se trouvaient déjà dans la bibliothèque du Latran (Rome) dès le Ve siècle. On pense que les collaborateurs d’Augustin fuyant la persécution vandale vinrent à Rome très tôt. Ils entrèrent au service du pape saint Léon le Grand (440-461) lui fournissant, entre  autres, les arguments théologiques nécessaires pour résoudre la délicate question des deux natures du Christ. Cette question christologique sera finalement résolue par le concile œcuménique de Chalcédoine en 451. La lettre envoyée quelques années auparavant par le pape saint Léon à Flavien de Constantinople (+ 449 ou 450) y sera même acclamée par les évêques présents qui déclareront : « C’est Pierre qui a parlé par la bouche de Léon ! » (2)

Par Serge Casanova.