Souhaitons-nous du bien !

Même si elle peut être parfois formelle, l’habitude de s’échanger des vœux en début d’année est belle. Il s’agit en effet de souhaiter du bien aux autres, c’est-à-dire de les bénir (bénir vient du latin bene dicere : dire du bien). Dans l’Evangile, Jésus nous demande de bénir, de souhaiter du bien, non pas seulement à nos amis, mais aussi à nos ennemis : Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent (Lc 6,28). Cette invitation est reprise par saint Paul dans un passage que je trouve très beau. Il exprime mieux que je ne pourrais le faire les vœux que j’adresse à chacun d’entre nous :

Que votre amour soit sans hypocrisie. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien. Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres. Ne ralentissez pas votre élan, restez dans la ferveur de l’Esprit, servez le Seigneur, ayez la joie de l’espérance, tenez bon dans l’épreuve, soyez assidus à la prière. Partagez avec les fidèles qui sont dans le besoin, pratiquez l’hospitalité avec empressement. Bénissez ceux qui vous persécutent ; souhaitez-leur du bien, et non pas du mal. Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. Soyez bien d’accord les uns avec les autres ; n’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. (Rm 12,9-16)

Au-delà de ces vœux personnels, nous pouvons souhaiter du bien à la planète entière. Elle est en effet bien mal en point, et le choix – suggéré par saint Paul – d’un mode de vie plus humble, et donc plus sobre, semble bienvenu pour favoriser sa « remise en forme ». Dans la nature, n’oublions pas l’être humain car, sans aller jusqu’à dire qu’il est une espèce en voie de disparition, il est lui-même l’objet d’un dérèglement, qui n’est pas que climatique…

A ce sujet, la révision de la loi de bioéthique qui doit avoir lieu cette année ne peut nous laisser indifférents. Les sujets concernés – qui seront débattus au cours des Etats généraux de la bioéthique dans les prochains mois – sont nombreux. Certains tournent autour de la procréation et de la filiation (diagnostic prénatal, PMA pour tous, anonymat du don de gamètes, GPA…), autour de la médecine régénérative ou prédictive (expérimentations ou manipulations sur l’embryon, utilisation de cellules souches embryonnaires…), de la fin de vie, de l’intelligence artificielle (big data, transhumanisme…), etc. La complexité de ces questions pourrait décourager ceux qui voudraient s’y intéresser. Cela vaut le coup cependant de s’y pencher car les enjeux sont énormes. En effet, il ne s’agit pas simplement d’une réflexion éthique à propos d’une technique particulière, mais de choix conditionnant le type de société dans laquelle nous voulons vivre.

Si nous voulons souhaiter du bien à notre humanité, ces sujets – et bien d’autres d’ailleurs – nous interrogent. Est-il bien d’abandonner l’idée d’une famille naturellement fondée sur l’altérité sexuelle ? Est-il bien de considérer comme négligeable l’idée qu’un enfant puisse avoir besoin de connaitre son père et sa mère, et d’être élevé par eux ? La science permettra bientôt d’augmenter largement les capacités naturelles de l’homme. Pourquoi faire ? Quelle vision de l’être humain porte-t-elle ? Le bonheur consiste-t-il à être toujours plus performant ? Comment notre société peut-elle intégrer la vulnérabilité ? Ces technologies seront-elles réservées aux plus riches ? Ne vont-elles pas creuser encore l’écart entre les riches et les pauvres ?

Autant de questions que je laisse à votre réflexion, et aussi à votre prière, pour que nos vœux de bonheur ne restent pas lettre morte, et que notre monde aille mieux. Je vous souhaite du bien.

+ Olivier de Germay
Evêque d’Ajaccio