Programmés sans père

évêqueLe Comité consultatif national d’éthique a donc donné son avis. La Procréation Médicalement Assistée devrait être accessible aux femmes seules ou lesbiennes et non plus simplement aux couples composés d’un homme et d’une femme ayant des problèmes d’infertilité. Les membres de ce comité ont considéré qu’interdire l’accès à la PMA à ces femmes constituait une injustice. Que penser d’une telle position ?

Peut-être faut-il tout d’abord rappeler que la PMA, comme son nom l’indique, est un acte médical. Or le but de la médecine est de soigner une pathologie. Reste-t-elle dans son rôle lorsqu’il s’agit de satisfaire les désirs de personnes en bonne santé ? Cela justifie-t-il la solidarité nationale assurant la gratuité des soins ?

Une autre difficulté se situe dans la façon dont le CCNE, en rendant cet avis, transforme le désir d’enfant en un droit à l’enfant. On peut comprendre le désir d’enfant de ces femmes et ne pas être insensible à leur souffrance. Mais ce désir doit-il être satisfait à tout prix ? Ne doit-on pas tenir compte avant tout des droits de l’enfant, à commencer par celui d’être élevé par son père et sa mère ?

Dans le cas d’une adoption, me direz-vous, l’enfant n’est pas élevé par son père et sa mère. En réalité, les deux situations sont radicalement différentes. Dans le cas de l’adoption, en effet, il s’agit de venir en aide à un enfant qui se trouve dans une situation de détresse. Pour ne pas l’abandonner à son sort, on le confie à des parents adoptifs, tout en sachant que cette situation n’est pas idéale. Dans certains cas, l’enfant s’épanouira normalement mais dans d’autres, il devra apprendre à vivre avec une douloureuse blessure de la filiation. Dans le cas de la PMA, il ne s’agit plus de venir en aide à un enfant abandonné, il s’agit de le mettre volontairement dans une situation d’abandon et de souffrance. On lui impose, en toute connaissance de cause, d’être séparé de son père. L’enfant est programmé sans père.

« Notre société ne protège pas assez l’enfant […], elle le soumet trop souvent au seul désir de l’adulte. Un enfant a droit à un père et une mère, quel que soit le statut juridique du couple de ses parents ». C’est ce que déclarait en 1998 Mme Elisabeth Guigou, alors Gardes des sceaux, devant l’Assemblée nationale lors du débat sur le PACS. Elle ajoutait : « Je reconnais totalement le droit de toute personne à avoir la vie sexuelle de son choix. Mais je dis avec la plus grande fermeté que ce droit ne doit pas être confondu avec un hypothétique droit à l’enfant ».

Tout cela n’était que du bon sens. Depuis, l’individualisme a conduit à une conception souvent réductrice et narcissique de la liberté. Celle-ci se conçoit à partir de la seule subjectivité, sans tenir compte des autres. Si c’est mon choix, c’est ma liberté, et si c’est ma liberté, c’est mon droit.

Dans un tel contexte, on voit mal comment éviter la prochaine revendication : si les femmes seules ou lesbiennes ont droit à un enfant, pourquoi les hommes seuls ou gays n’auraient-ils pas le même droit ? Certains responsables politiques assurent que la Gestation Pour Autrui ne sera jamais légalisée ; peut-on raisonnablement les croire ? Il faudrait pour cela qu’ils admettent que la logique du processus engagé, non seulement conduit au détricotage de la famille, mais fragilise la société tout entière. Elle sape en effet les bases même du droit qui encadre légitimement les revendications individuelles pour servir le bien commun.

+ Olivier de Germay
Évêque d’Ajaccio