A la rencontre de Jean-Claude Vignoli…

Très investi dans la pastorale de la charité de notre diocèse et à la tête de l’association A Fratellanza qui tout au long de l’année vient en aide aux plus démunis. Rencontre…

Quel est votre rôle au sein du diocèse d’Ajaccio ?

Je suis référent du Conseil diocésain de la charité.
Je suis également président de A Fratellanza, association caritative dont le but est de réinsérer les marginaux et les exclus.
A Fratellanza est une association d’Église. Ce point est important. En effet, une association caritative d’Église rend visible la proximité de l’Église avec les plus pauvres.
Je fais partie du conseil paroissial de Saint-Jean-Baptiste (à Bastia), et enfin, je suis au conseil d’administration de l’association des Amis du Couvent Sainte-Claire.

Quel regard portent les personnes en difficulté sociale sur la foi ?

Les musulmans sont généralement très rigoureux quant au respect des rites, notamment en matière alimentaire.
Pour les accueillis d’origine catholique, le rapport à l’Eglise est moins visible.
Les occasions de parler explicitement de la foi avec les personnes accueillies ne sont pas très nombreuses, il y a une certaine pudeur, chez eux et peut-être aussi chez nous. Mais nous savons bien qu’elles sont, elles aussi, en attente d’un salut. Jésus est venu apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres ! Nous espérons aussi être pour ces personnes un reflet de la bonté de Dieu. Lorsqu’un SDF meurt, nous veillons à ce qu’il puisse avoir des obsèques religieuses.

Plus personnellement, quel regard portez-vous, du point de vue social, sur notre île ?

La Corse est un pays pauvre ; il est difficile d’y trouver du travail.
Depuis quelques années, tout au moins à A Fratellanza, nous trouvons parmi nos accueillis des personnes d’origine insulaire. C’est, peut-être, le signe d’un début de changement dans notre société, qui jusqu’ici était traditionnellement solidaire.
Je n’ai pas l’impression que la société corse soit particulièrement malveillante envers les sans-abris et les pauvres. Souvent des particuliers viennent nous offrir leur aide, en nous apportant par exemple des vêtements. Des commerçants nous donnent des denrées alimentaires.

Quels sont les remèdes à cet état de fait ?

Pour les chrétiens en premier lieu, il nous faut être conscients de l’exigence évangélique dans notre rapport avec les pauvres. Il faut apprendre, dans nos communautés, à mettre les pauvres à la première place. Il faut par exemple proposer à ceux qui font l’aumône à la porte de nos églises d’entrer et de participer aux cérémonies. Beaucoup ne le font pas parce qu’ils s’y sentent étrangers, et nous autres chrétiens nous sommes responsables de cette difficulté ou de cette mauvaise volonté à les intégrer dans nos communautés.
Au-delà du monde chrétien, il faut cesser de considérer les pauvres comme coupables de leur situation, ce qui est souvent une tentation dans nos sociétés modernes. Il ne faut pas les aider de manière condescendante, mais les considérer comme des partenaires. Ils sont porteurs d’une expérience qui leur est propre et que nous aurions tort de négliger. On doit les voir comme des personnes à part entière.
Quant aux pouvoirs publics, on a le sentiment que ces derniers, en Corse, ont pris la mesure du problème. Pour ce qui me concerne, j’en veux pour preuve l’aide financière conséquente apportée à l’association A Fratellanza.

Propos recueillis par François Grimaldi d’Esdra.