Un abbé corse en Italie : Henri de Rocca-Serra

Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873), futur Napoléon III, et son frère aîné Napoléon-Louis (1804-1831) ont été de passionnés acteurs de la cause italienne. Un complot romain fait au profit de Napoléon II échouera vite. Louis-Napoléon au-delà de Rome agira directement dans les armées des patriotes italiens, notamment en Romagne, avec son frère Napoléon-Louis, qui mourra à Forli, en mars 1831. Pour sauver le dernier des jeunes princes de la lignée, un Corse fidèle va agir, l’abbé Henri de Rocca-Serra (1802-1843)… Son parcours est présenté ici par Raphaël Lahlou.

Henri de Rocca-Serra : un fidèle des princes

Auprès des deux frères, jusqu’à la mort de l’aîné des jeunes princes Bonaparte, un Corse fidèle, dont ne subsistent que quelques papiers à défaut d’un portrait même : c’est l’abbé Henri de Rocca-Serra, de Porto-Vecchio, né probablement en 1802, mort fin 1843, soit à peine plus d’une dizaine d’années après cet opéra héroïque et tragique de l’histoire italienne conclu à Forli en mars 1831 ; proche de la famille Bonaparte, du roi Louis et surtout de Napoléon-Louis, l’abbé est là, à Forli. Dans ce lieu de tragédie, le prêtre corse recueillit le dernier souffle du malheureux prince, dont il était l’ami intime. Ce jeune mort, c’était donc Napoléon-Louis Bonaparte, né en 1804. Il périt dans sa vingt-septième année et reçut à Forli des funérailles d’Etat.

Après l’Italie, de la Grèce à Porto-Vecchio

L’abbé de Rocca-Serra, ensuite, a sillonné la Grèce, l’Europe centrale et celle de l’Est. Il fut aussi, sans doute comme aumônier, engagé dans la Légion étrangère, alors toute neuve. Si l’on se fie à certaines sources italiennes – spécialement aux Mémoires du général Armandi – , et à d’autres commentaires, l’abbé Henri de Rocca-Serra venait d’écrire une biographie du frère aîné de celui qui serait le futur Napoléon III en France à partir de 1852. Quant à l’abbé et quant à cette biographie rédigée à chaud, il avait l’intention de la publier.

Qu’est devenu ce manuscrit inédit ? Est-il dans une maison de Porto-Vecchio où l’abbé mourut ? C’est une question qui mérite d’être posée. Sans réponse décisive. Quant au prêtre, il convainquit le roi Louis que son fils aîné était mort de maladie à Forli, et non de mort violente. Surtout, muni d’argent et s’armant de courage, appuyé sur d’autres agents et relais corses des Bonaparte, l’abbé Henri de Rocca-Serra, sauva l’autre fils, le futur Napoléon III donc, dont il assura le retour vers la France, au terme d’une équipée rocambolesque de onze jours, en compagnie de la reine Hortense, mère courageuse du prince transformé en hussard aventureux digne de Stendhal ou de Giono.

Le 23 avril 1831, l’abbé corse, l’ex-reine Hortense avec son fils et quelques autres fuyards grimés en touristes anglais, arrivaient à Paris : mais cela, par la barrière d’Italie ! Le destin a des ironies cruelles ! L’abbé allait ensuite courir le reste de l’Europe et mourir, jeune encore et gardant bien des secrets, dans son village natal de Porto-Vecchio, fin 1843 sans doute. Il faut marquer son souvenir, ne pas oublier ce valeureux et malheureux homme si dévoué !

Par Raphaël Lahlou.