L’abbé Semidei, un pédagogue corse en Uruguay

Paul-Félix Semidei est né à San Giovanni de Moriani en 1792, au sud de Bastia. Il est mort, loin de Corse, à soixante-douze ans ! Entre temps, il aura eu un destin aventureux, qui lui fera croiser longuement Giuseppe Garibaldi, non pas en Italie mais en Amérique ! Paul-Félix Semidei est issu d’une vieille lignée. C’est une esquisse de son parcours que propose ici Raphaël Lahlou.

Aumônier militaire et prêtre à Paris

Paul-Félix Semidei, donc, sous les auspices de son grand-oncle, Louis Sebastiani, évêque de la Corse, fait ses études au séminaire de La Porta. Il est ordonné prêtre à Ajaccio en 1816 ; il devient aumônier militaire en 1820. Jusqu’en 1826, il suit cette carrière, avant d’être envoyé à Paris. Là, il sert, en prêtre et administrateur, dans de prestigieuses paroisses de la capitale. Mais, en 1835, l’abbé Paul, comme on l’appellera toute sa vie, jette un pavé dans le bénitier ! Sous les allures d’une traduction du latin réalisée par ses soins, il publie un violent pamphlet attaquant la monarchie et l’archevêque de Paris, Mgr de Quelen. Semidei s’est lié aussi au journal L’Avenir, prônant une Eglise socialement plus engagée, sous la direction des abbés Lamennais et Lacordaire. Le brûlot de Semidei dénonce assurément la grande misère de l’Église de France d’alors. Peu après, il se décide à ce qu’il nomme lui-même un exil volontaire. Où ? à Montevideo ; sans doute grâce à des facilités fournies par son cousin Horace Sebastiani, ancien ministre et important diplomate.

Un pédagogue à Montevideo

Accueilli à son arrivée à Montevideo par l’évêque, qui est un jésuite, l’abbé Paul, comme on l’appellera toujours désormais, s’intègre alors au corps professoral d’un collège ; puis il prend son élan et, en quelques années, il en créera un grand nombre, dans la ville et le pays, dont un pensionnat. Sa renommée de pédagogue croît alors, et il entretient avec les membres des communautés françaises et italiennes de beaux liens.

Du début des années 1840 à celui des années 1850,
Montevideo est en guerre, face à l’Argentine, et le port uruguayen connaît un siège qu’Alexandre Dumas qualifiera de « Nouvelle Troie ». Semidei s’y trouve jeté et s’en désole à la fois. Depuis quelques années, il connaît et aide nettement Giuseppe Garibaldi, qui lutte là avec ses premières « Chemises rouges », comme légionnaire et comme marin. L’abbé Paul sera le témoin et l’organisateur du mariage de Garibaldi avec sa jeune épouse, Anita ; et surtout, prêtre et directeur d’école, il a fourni un poste de professeur au patriote italien et l’aidera toujours dans ses périples américains. Ce dernier n’oubliera pas « le très estimable professeur Semidei » dans ses écrits ! Semidei étend son action pédagogique sur plusieurs décennies. Il formera ainsi l’élite uruguayenne, comptant parmi ses élèves des savants, des patrons de presse, des juristes et des hommes d’Etat importants. Pendant la guerre menée par Garibaldi et divers groupes de volontaires à Montevideo, des Corses, comme l’amiral Susini Millelire, combattent aussi dans ce long conflit entre 1843 et 1851. Garibaldi les retrouvera en Sardaigne, à la Maddalena… Il ne reverra plus Semidei ; l’abbé Paul, lui, frère d’un officier napoléonien, meurt en 1864 dans son exil américain. Mais Semidei suivra, au début 1860, les aventures italiennes de Garibaldi, avec une ironie lucide, restée finement corse, notant avec justesse un important soutien anglais dans l’épopée des « Chemises rouges » entre Naples et la Sicile !

Par Raphaël Lahlou.