Et si la clé était ailleurs. Yves Duteil (éditions MédiasPaul)

YDuteuilYves Duteil, poète, chanteur compositeur, nous ouvre une porte et pas à pas, sans chercher le plan d’une biographie, nous fait accéder au souffle qui la traverse. Il y a une quête spirituelle permanente, pour lui comme pour d’autres. Et si nous sommes chrétiens, bien intégrés à l’Église, nous avons beaucoup à apprendre des attentes de nos contemporains.

A 67 ans, Yves Duteil est encore sur le chemin. La spiritualité est un maître mot de ce livre. Elle est d’abord « désir de respirer l’invisible » ou encore, et c’est plus audacieux, de « mettre des mots sur l’indicible ». Quelqu’un qui commence par avouer qu’il n’est « ni vraiment catholique », ni « tout à fait juif », et finalement, dit-il, « judéo chrétien ». Aucune tradition familiale ne lui avait livré la clef du spirituel chrétien. Un jour le « camino » (Chemin de Compostelle) s’est offert à ce pèlerin de l’invisible, comme « un chemin qui parle en silence ». N’ont pas manqué pour lui les « signes de piste » venus peu à peu. Et même le « Saint Suaire » de Turin, découvert grâce à Alain Decaux, l’a orienté au plus intime vers ce qui à ses yeux est à la fois « l’inexplicable » et « l’essentiel ». « Des repères où mon cœur se pose » : ainsi aime à les nommer le poète chanteur en son itinéraire où il croit reconnaître l’Esprit Saint. On y trouve à ce propos une sorte de « flash » étonnant sur la prière « coup d’aile vers l’infini pour changer d’altitude ».

Ce livre révèle une vie où le chanteur n’est pas que chanteur, où le poète n’est pas un doux rêveur. L’humanitaire a très vite saisi Yves Duteil comme un appel irrésistible. Un jour ce seront le tsunami qui venait de ravager les rives de l’Océan Indien et des émissions pour susciter l’aide d’urgence à plus de 400 familles victimes de la catastrophe. Le lecteur d’Eglise de Corse sera touché de savoir que l’incendie, qui en 1990 réduit en cendres 800 hectares de forêt dans le Sud de la Corse, a ébranlé au plus profond Yves Duteil. D’où la création de « l’association pour le reboisement des espaces sinistrés » à laquelle a travaillé notre poète. Il avait en fait une maison non loin de Porto-Vecchio, et Palombaggia s’était vu nommer un « Paradis ».

Il n’y a pas que l’humanitaire. Plus inattendu, il y a l’engagement politique, non pas d’une saison, mais de 25 ans au service de Précy-sur-Marne, comme Maire de cette commune de 800 habitants. Où était la       poésie ? « Dans le regard » : voilà qui dit tout.

Une précieuse école, celle qui éclaire chaque jour, et à tout âge : c’est la nature. Le lecteur sentira à quel point elle a imprégné la sensibilité et habité l’esprit de ce mendiant de vérité. « La réalité, un miracle permanent », écrira-t-il. L’homme des cavernes et le voyageur dans l’espace : c’est encore et toujours l’unique mystère de la création. En ce temps où la planète nous intime l’urgence de l’écologie, il est bon d’entendre plus qu’un bon connaisseur des lois de la nature, un témoin émerveillé de « la poésie incommensurable des étoiles ».

Lisez ce livre. Son poids d’humanité, l’intensité de ce chemin inlassable de découverte : c’est ce dont nous avons besoin pour partager, avec nos frères humains en attente, la joie de croire qui nous est donnée par grâce.

 

Par Gaston Pietri.