Méritons-nous des prêtres ? (Mai)

APLa foule immense qui a entouré le diacre Antoine Peretti ce dimanche 30 avril pour son ordination presbytérale montre une fois de plus l’attachement des fidèles corses à leurs prêtres. Le peuple de Dieu a bien compris qu’un prêtre est un don de Dieu.

« Il le mérite bien » me disait avec beaucoup d’affection une personne à la fin de la célébration. On comprend ce qu’elle voulait dire même si, en réalité, l’ordination presbytérale d’un diacre permanent n’est pas une question de mérite mais une question de vocation. Sinon, ce serait un bien mauvais signal envoyé aux autres diacres permanents célibataires qui ne sont pas ordonnés prêtres… Le diaconat permanent est une vocation à part entière et il n’est pas l’antichambre de la prêtrise pour les « bons élèves ». On ne devient pas prêtre parce qu’on le mérite ou parce qu’on le désire mais parce qu’on y est appelé par Dieu. Comme le dit la lettre aux Hébreux « on ne s’attribue pas cet honneur à soi-même, on est appelé par Dieu » (He 5,4). L’Eglise elle-même ne choisit pas les futurs prêtres, elle discerne et authentifie un appel du Seigneur sur eux.

Dans le cas d’Antoine Peretti – qui avait été ordonné diacre en 1988 – on pourrait se demander si l’Eglise n’a pas été un peu longue à discerner… En réalité, les choses ne sont pas si simples. Un appel du Seigneur n’est pas un tweet tombé du ciel. Il passe par l’intéressé, par sa psychologie, son histoire, tout ce qui fait sa vie. Il passe aussi par l’Eglise et donc par des hommes, par leur capacité de discernement, etc. Et surtout il provient de Dieu qui fait connaitre sa volonté comme il le veut et quand il le veut. C’est ainsi que certaines vocations se révèlent soudainement et avec une grande clarté alors que d’autres se discernent au terme de longues années de recherche ou d’hésitation.

Quoi qu’il en soit, cette ordination quelque peu atypique nous invite à nous interroger sur la rareté des vocations en Corse. Comment se fait-il que notre île qui a été tellement marquée par le christianisme ne « fournisse » pas davantage de vocations consacrées ?

Un premier élément de réponse se situe du côté des jeunes. Même si le Seigneur peut toucher le cœur de qui il veut, entendre son appel suppose ordinairement un minimum de pratique religieuse. C’est grâce à la fréquentation de la Parole de Dieu, à travers une vie de prière personnelle, en participant aussi à la vie de l’Eglise, que le jeune va pouvoir entendre cet appel. Or, il faut bien le reconnaitre, les jeunes adultes sont les grands absents de nos communautés paroissiales. La priorité est donc de soutenir les familles et les catéchistes pour que les jeunes acquièrent une foi vivante et trouvent leur place au sein de nos assemblées.

Un autre élément de réponse se situe du côté de Dieu. Il a envoyé en Corse de nombreux missionnaires qui ont annoncé la Parole et distribué les sacrements. Il n’y a pas si longtemps, presque chaque village disposait d’un prêtre. Mais maintenant, en dehors des grandes fêtes, les églises sont presque vides. « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive » dit Jésus (Jn 7,37).  Avons-nous suffisamment soif de ce que le Seigneur nous donne à travers les prêtres ? Nous n’avons certes pas à mériter des prêtres, mais peut-être à les désirer davantage pour ce qu’ils sont. Soyons donc des assoiffés du don de Dieu, et nul doute que notre prière pour les vocations sera entendue.

+ Olivier de Germay
Evêque d’Ajaccio