Le prêtre que je cherche…

L’ordination presbytérale que nous venons de vivre et dont nous nous sommes réjouis a certainement donné l’occasion, dans les lieux les plus divers, en famille ou entre amis, à des échanges sur « le prêtre ». Souvent, en mêlant sociologie et faits divers, on évoque le déclin statistique, on insiste sur les défaillances retentissantes, ou on met en avant des figures emblématiques, politiquement ou idéologiquement saisissantes. Parfois aussi reviennent des éléments de doctrine, dont il ne reste plus que caricatures ou poncifs. Pour nous chrétiens, au-delà de la joie unanime et légitime, nous sommes appelés à nous interroger : pourquoi nous réjouissons-nous ? Qu’attendons-nous d’un prêtre ? Quelle image en avons-nous ? Cette image reflète -t-elle nos rêves, nos besoins, nos attentes réelles ?

Le prêtre dont je rêve

Le prêtre dont je trace le portrait est souvent le prêtre dont je rêve. Au-delà même des images de fiction véhiculées par la littérature, le cinéma ou la télévision, je me crée une figure  où se mêlent la nostalgie de l’enfance, le regret des tradition
s perdues, la vie sociale idéalisée du village. Ces images, perpétuées par des anecdotes ou des récits, sont d’autant plus présentes et prégnantes que j’investis en elle mon éloignement réel de ce qu’elle disent ; je suis d’autant plus attaché à ces images qu’elles contribuent à masquer combien sont lointains et le village et le lien entre religion et vie sociale qu’elles représentent, éloignement dont j’ai pris avec « réalisme » mon parti. Dans cette situation, le portrait du prêtre peut être exigeant, puisque, rêvé, il n’exige rien de moi.


Le prêtre dont j’ai besoin

Mon discours peut également décrire le prêtre dont j’ai besoin, celui qui est disponible pour des services. A ma réquisition religieuse — qu’il est prié d’honorer quelles que soient les circonstances — il fournira baptême, communion, mariage ou obsèques, comme le fonctionnaire d’une institution.
Dans une autre vision de l’Eglise, mais dans la même logique, il donnera,  pour  mes besoins spirituels et mon édification religieuse, exemple et conseils, dont l’écoute ne m’engagera pas plus que l’avis d’un expert. Il sera peut-être aussi celui dont le « prestige » appuiera socialement une pétition ou une prise de position. Je m’étonnerai alors qu’il montre des réticences, qu’il mette des conditions, présente des exigences avant de satisfaire les miennes.

Le prêtre que j’attends

En arrière plan de ces attitudes on comprend que se révèle l’idée que je me fais de l’Eglise, de la foi, de mon rapport avec elles. Le prêtre que j’attends rassemble en sa figure singulière la figure de mes désirs, de mes regrets, de ma volonté d’avenir pour l’Eglise ; et donc mon discou
rs sur lui me révèle à moi-même et m’engage.

Qu’est-ce que l’Eglise pour moi ? N’est-elle qu’institution, pratiques traditionnelles ?

Comment puis-je me situer en elle : en consommateur, en acteur ? En quoi concerne-t-elle ma vie, mes choix ? Que suis-je prêt à faire en elle, et éventuellement pour elle ?

C’est tout cela qui déterminera ma façon de voir « le prêtre ».

Il est donc normal, lorsque je réfléchis sur le prêtre, que mes exigences soient grandes — à la hauteur de l’enjeu —, que je les détaille en termes de qualités humaines ou spirituelles comme en termes de formation. 

Mais deux points ne doivent jamais être oubliés ! D’une part, ces exigences sont présentées à un homme particulier, qui a son histoire et ses limites, chrétien comme moi et comme moi membre coopérateur d’une Eglise à construire ; d’autre part, ma réflexion sur « les prêtres » ou sur « le ministère presbytéral »n’a d’intérêt pour moi, chrétien, que si elle me fait progresser dans la compréhension du mystère de l’Eglise et transforme mon agir.

Un engagement

Nous retrouvons alors dans notre attente maintenant réfléchie la doctrine traditionnelle qui voit dans le prêtre l’homme de l’autel et l’homme de la Parole, celui qui est lié aux sacrements et à l’institution, et celui qui est attaché à la mission. Ce que nous comprenons de l’identité du prêtre nous porte non pas à opposer ces deux éléments, mais à voir comment ils sont inséparables et s’appellent l’un l’autre. Plus encore, cela n’est pas vrai seulement du prêtre ; cela vaut pour l’Eglise, sacrement du salut, qui accomplit ce qu’elle signifie. Pas de distance entre l’être chrétien et l’agir chrétien, entre le dire chrétien et le faire chrétien.

Le discours sur le prêtre que nous voulons nous dit le chrétien que nous nous engageons à être.


Par le Père Joseph Fini.