Monseigneur Casanelli d’Istria face à la vendetta

Monseigneur Casanelli d’Istria (1794-1869), « Santu », pour les Corses, demeure une figure historique : retenons ici sa lutte contre la violence…

 

Une solide formation débutée en Corse

Xavier Toussaint Raphaël Casanelli est né le 24 octobre 1794  à Vico ; il y est mort le 12 octobre 1869. Nommé évêque de Corse dans sa trente-neuvième année, à Rome, le 28 juin 1833, c’est le 8 décembre 1833 qu’il reçoit l’ordination épiscopale : une date qui compte dans l’histoire de la Corse et de sa relation avec la Vierge Marie. Monseigneur Casanelli, qui avait été élevé en Corse, débutait ensuite, dès 1817, comme professeur de lettres à l’école cléricale et religieuse de Vico ; il avait poursuivi sa formation intellectuelle, lettrée et savante, à Rome, au sein de la prestigieuse Université de La Sapienza. Remarqué dans certaines instances pontificales, il est aussi distingué dans plusieurs courriers par un diplomate passionné par l’Italie, Henri Beyle, mieux connu sous sa signature littéraire : Stendhal.

Face à la vendetta, une action d’envergure et de terrain

Considérons un point capital : celui de la vendetta. Au moment de son arrivée en Corse, en mars 1834, à Ajaccio, Casanelli sait qu’il aura beaucoup à faire, à accomplir. Ce qu’il aura à combattre dans l’esprit de ses compatriotes, chez ses fidèles, donc, c’est ce qu’il a appelé douloureusement « les véritables ruisseaux de sang humain qui souillent le sol de son malheureux pays ». Ce qu’il déplore ainsi n’est pas une spécificité corse, mais  l’insularité contribue à l’exacerber. Il faut avoir à l’esprit quelques chiffres tragiques : entre 1821 et 1852, on relève en Corse selon certains éléments statistiques plus de 4300 meurtres accomplis. Pour la période encadrant  les temps révolutionnaires de 1848, on comptera 833 meurtres et assassinats en deux ans.

Agir contre les crimes de sang

Entre 1850 et 1853, l’État dirigé par Napoléon III et soutenu par de nombreux ministres corses mettra en acte l’interdiction absolue du port d’armes. Et assurera,  jusqu’en 1869, l’éradication du banditisme professionnel, phénomène massif !

Apportant son soutien à diverses commissions et études étatiques, Monseigneur Casanelli enverra aussi sur le terrain de toute l’île des missions de prêtres et de prêcheurs, de paceri traditionnels, des « pacificateurs ». Constatant l’assassinat de quatre prêtres, il réagit directement. L’un d’eux, l’abbé Susini, à Moca, fut abattu dans son église, pendant la messe. Un message épiscopal fut alors lu dans toutes les églises de Corse. Il était particulièrement vif. Casanelli, menacé de mort par un bandit, décida de se rendre sur place, seul, sans escorte, pour y veiller aux cérémonies nécessaires pour la restauration de l’église et de son culte ; le bandit qui se nommait Cocciu était pourtant là, caché derrière un arbre, son fusil prêt à servir pendant la procession solennelle. Il s’abstint de tirer car, affirma-t-il, « ce n’est pas la coutume en Corse de tuer les évêques ». La vendetta et ses racines (Les faux témoignages, les questions de querelles familiales, matrimoniales ou rurales, les multiples prétextes aux vengeances publiques et privées, intimes et générales), furent toutes combattues par Monseigneur Casanelli. Il allait jusqu’à affronter à cheval les bandits et garantissait en personne la paix face à des vendette villageoises interminables (dont celle illustrée à Fozzano par la fameuse figure de Colomba Bartoli, née Carabelli). Il agira ainsi inlassablement, même à Vico, son lieu de naissance et de décès. Une statue salue en ce lieu sa mémoire et son action restées populaires en Corse !

Par Raphaël Lahlou.